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États du désir une nuit de 198* dans la ville de X. On connaît le goût d'Akerman pour les dispositifs ludiques, on connaît son thème de prédilection (l'amour), on connaît son exigence ; eh bien voici le film qui condense toutes ces tendances en un seul instant, à la fois d'une simplicité désarmante et d'une grande sophistication. Toute une nuit est une sorte d'installation qui rappelle Peter Handke et son "théâtre neutre" sur les places publiques de Berlin : il s'agit de passer une nuit à filmer tout ce qui peut s'y dérouler au sein d'une grande ville moderne, en tout cas tout ce qui a trait à la passion. Débuts d'histoire, fins d'autres, désirs qui vibrent ou ennui qui s'installe, amours vouées à l'échec ou espoir possible, tout est montré en courtes saynètes, comme une sorte de catalogue de relations possibles entre hommes et femmes. Sans mot ou presque, sans histoire si ce n'est les dizaines possibles qu'on nous laisse imaginer, le film raconte simplement ça, des bribes de fiction qui débutent ou se terminent entre soir et matin. Quelques couples ont droit à plusieurs apparitions, mais la plupart n'existent que le temps de quelques secondes, le temps de nous faire entrevoir façon trou de serrure l'intimité d'une petite histoire d'amour. Comme Akerman, à cette époque, ne manque pas de fantaisie, et est attirée autant par la comédie que par le drame, elle croque quelques situations impayables, parfois répétitives : un homme et une femme séparés, muets, gênés, qui ne se disent rien, puis soudain ces deux-là se tombent dans les bras l'un de l'autre et s'embrassent fougueusement ; une femme et deux hommes qui sortent fumer une clope puis se séparent pathétiquement quand la femme n'arrive pas à choisir son amant de cette nuit, ce genre de choses. Mais la tragédie rôde sans cesse, avec ces hommes un peu chelous qui attendent devant les portes fermées des femmes, avec ces couples qui se disputent sans mots, avec ces ruptures brutales sur un coin de trottoir... Au final, le film est parfois un peu chiant (le côté suite de situations n'est pas évité), parfois trop cheap (la photo vraiment dégueulasse, l'aspect très amateur de la technique), parfois petit malin ; mais sa mise en scène, son montage (les séquences qui se répondent l'une à l'autre), ses cadres (la façon de disposer de manière mathématique les personnages dans l'écran) finissent par emporter l'adhésion ; et puis de temps en temps, il touche gentiment, en offrant un portrait de nos frères humains embourbés dans leurs histoires d'amour exhaustif et attachant.

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