Alors oui, Criterion odyssée oblige, il fallait que je repasse par ce second opus de Linklater sur l'éternelle amourette romantique entre le Ricain trop cool (Hawke) et la Frenchy avec le meilleur débit dans la langue de Shakespeare. C'est toujours pareil avec ce genre de petite chose légère, les défauts sont criants, les réflexions d'une philosophie digne de Paulo Coelho bourrée et l'on grimace plus souvent qu'à son tour devant les mines censées être super naturelles de nos deux jeunes gens si frais, encore. Alors oui, au bout d'un quart d'heure on a envie de péter les dents à l'autre œil de chouette, on prie pour que la Julie devienne soudainement aphone et mette fin à cette logorrhée verbale digne d'un youtubeur moderne qui n'a jamais compris l'intérêt d'une virgule voire même d'un point. Oui, on sent que tout cela est affreusement écrit, répété pendant des heures devant son miroir pour ne pas buter sur une syllabe et ce petit ton qui se voudrait pris sur le vif finit par avoir souvent l'odeur d'un poisson mort. Oui. On pourrait ainsi enquiller les perles sur ce cinéma de Linklater qui aimerait trop capter l'air du temps, l'air du naturel et qui n'a trop souvent l'air de rien (des travellings arrière aussi plan plan qu'un discours de Bayrou sous morphine, un montage parfois aussi laborieux qu'une chanson de Renaud (champ : un type se lève d'un banc à deux mètres des protagonistes ; contre-champs : le type croise notre couple deux minutes plus tard - ne me dites pas qu'il a refait entre-temps son lacet, j'y ai aussi pensé, cela ne marche pas). Bref, voilà pour la forme et j'en rajouterais bien évidemment une petite louche sur le fond en citant Delpy sur un bateau-mouche : "les gens sont faits de plein de détails", à part bien sûr Jean-Pierre Pernaud (oups ça sonne comme une chanson de Renaud, c'est que la colère gronde).

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Oui.

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Au-delà de ça (j'accorde mon violon - parce qu'au fond je ne suis pas un mauvais bougre même si j'ai engueulé cette connasse qui n'avançait pas ce matin en voiture), Linklater, sans doute sans le savoir, suit les traces d'un petit Rohmer de poche en filmant ces deux comédiens presque en temps réel dans ces rues de Paris (il atteint sa cheville mais c'est déjà ça) et se donne le temps, tout le temps possible, pour bâtir sa trame uniquement sur ce flux ininterrompu de paroles : une sorte d'épisode de 24 heures, sans action, sans rebondissement, sans Jack Bauer, sans rien d'inattendu ; c'est presque louable. Ensuite, avouons qu'il aurait pu surfer sur le ton de la prime amourette ten years later : ils se retrouvent, rien a changé, ils rebaisent dans un parc, celui de Montsouris par exemple parce que ça pue Prévert. Eh bien non, les deux sont en couple et avoue tout leur désenchantement amoureux, leur regret, leur manque de foi, leur faiblesse. Ce n'était pas si attendu que cela cette morosité affreuse et ce petit air de trentenaires déjà conscient d'avoir une vie de merde est tout aussi louable (même si Delpy éructe dans le taxi (mais baisse d'un ton putain), si Ethan a la larme facile (mais va chez l'ophtalmo bordel, t'as la même conjonctivite que mon chien), même si le pathos final est mou). Enfin, on sillonne un Paris serein sans trop de clichés impossibles (il y en a, oui, mais pas tant que) et en redonnant à la ville une vraie petite couleur de romance au ras du bitume pas si déplaisante. Voilà, vous voyez, je ne suis pas chien, aurais pu m'arrêter au premier paragraphe mais j'ai encore un cœur sous toute cette graisse due en partie aux produits vicieux de Monique Ranou. Toujours pas un grand fan de Linklater mais avouons que cette petite trilogie (non le troisième tome, dans dix ans, pas avant) peut encore ravir à notre époque des adolescents qui commenceraient de trouver chez Musso une syntaxe approximative. Il ne faut pas voir que le dark side. Voyons aussi le bon côté des choses, si.