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Eh be voilà du coup je me suis retapé Hamlet, histoire de vérifier une bonne fois pour toute que cette petite histoire était sacrément tragique en soi. Laurence Olivier est à la baguette et sur scène et le moins qu'on puisse dire c'est que notre ami ne s'est pas vraiment gêné pour tailler dans le texte de Shakespeare ; on sent qu'il va au plus court, supprime des rôles, se focalisant bien entendu sur les rapports entre les principaux personnages... C'est un choix, forcément discutable. Heureusement pour le reste, ces décors immenses et sobres, le sens du cadre et des envolées vers le ciel (une petite patte wellesienne sans non plus tomber dans l'excès), la direction d'acteur, ou encore un certain sens du rythme et de l'action, on suit cet Hamlet avec un relatif plaisir. On aime dès le départ ce spectre darkvadorien avec cette voix venue du fin fond de l'espace : le roi mort énonce à son fils la trahison dont il fut victime (assassiné par son frère qui lui chopa sa meuf au passage) et son désir avoué d'être vengé. Etre vengé ou ne pas être vengé, on connaît la chanson et le moins qu'on puisse dire c'est qu'Olivier n'en fait pas tout un plat avec la fameuse tirade (pas de crâne, non plus, exhibé, on le garde pour plus tard). Olivier-Hamlet, déjà quelque peu sonné dès le départ de la pièce, va dériver dès lors sur un fil entre causticité gratuite et désir de vengeance mise au frais. Il y aura ces petits passages bouffons avec Polonius avant que ce dernier, petit rat caché derrière un rideau, s'empale sur une rapière, il y aura ce romantisme léger avec Ophélie, avant l'incompréhension et la double dérive d'icelle vers la folie et sur l'eau (une bien belle Ophélie flottante qui remplit parfaitement mon cahier des charges), il y aura cette petite mise en scène devant le roi (une école de mise en abyme que cette pièce de théâtre, très joliment filmée avec cette caméra qui tourne autour du roi), il y aura cette relation tendue, d'amour et de haine, avec cette reine (une mère qui a dix ans de moins que lui, il a quand même un peu le melon cet Olivier), entre prise de judo dans la chambre et douce confession, il y aura ces scènes d'action efficaces avec un Laërte alerte et cette mise à mort du roi réglé par Rémi Julienne (on sent qu'Olivier, s'il aime à surfer sur les mots shakespeariens a quand même un petit penchant pour le défi physique). De quoi en avoir pour son argent. 

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Même si le découpage donne plus l'impression d'assister à de courtes saynètes qu'à des scènes, qu'à des actes théâtrales, on ne pourra pas non plus se plaindre de cette façon d'exploser un peu ce texte, tout intouchable qu'il soit. On peut sans doute être un peu moins satisfait par cette caméra qui se balade parfois dans un décor vide (...), ce décor prenant seulement sa pleine dimension quand la caméra, en plongée, capte depuis les airs ces petits personnages écrasés par leur sort ; dire que l'on est avec cette pièce dans une belle école shakespearienne du trucidage sonne forcément comme une évidence, avec cette mort qui ouvre et clôt le récit, et ces références constantes dans les dialogues à ce voyage dont personne n'est encore revenu (il y en a bien un, mais on peut mettre l'histoire en doute pour des raisons de dopage). Olivier a le charisme pour incarner cet être troublé de l'intérieur, sur les nerfs, mais toujours capable d'une petite répartie mordante lâchée mine de. Comme le noir et blanc est beau et que les effets de brume autour de ce spectre sont plutôt réussis (tout comme ce petit effet sonore et visuel du cœur qui bat à chaque apparition du spectre), on peut avoir un certain satisfecit devant cette version olivierenne et ce, encore une fois malgré les diverses coupes dans le gras du texte original. Hamlet it be, no more.

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