Photo Garcon Chiffon

Mauvaise nouvelle : Xavier Dolan a fait des petits. L'un d'eux a pour nom Nicolas Maury, acteur pourtant attachant et doux-dingue des films de Yann Gonzalez. Bon, ceci dit, une fois cette triste nouvelle tombée, on tempère en mentionnant que Garçon Chiffon est beaucoup mieux que l'intégralité de la filmo du néfaste Canadien. Mais tout de même : il tombe dans les mêmes travers. Égocentrisme tournant au nombrilisme pur, culture gay qui tend à devenir cryptique pour qui n'est pas de cette obédience, goût pour la chansonnette sirupeuse, romantisme en mousse daté, vautrage dans une pseudo-fragilité trop dure à gérer et qui fait ricaner plus d'une fois, absence totale de sens du ridicule, ..., toute la panoplie y est pour faire un film directement issu du Marais, et qui n'intéressera guère que ses habitants. Que le bazar, par endroits, sporadiquement, soit beau et que certaines scènes soient réussies n’enlève rien au pénible sentiment d'un film qui pratique un ostracisme assez fort, qui nous exclut de son champ, et qui ne concerne que Maury lui-même, qui a trouvé là un écrin parfait pour épancher sa sensibilité de drama-queen et un journal intime ++ pour exprimer son mal de vivre d'occidental gâté.

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Dans ses meilleurs moments, le film touche gentiment. Bien écrit (des dialogues fins et plutôt pas mal troussés), de temps en temps bien joué, il parvient parfois à présenter des scènes réussies, dans lesquelles on reconnaît un réalisateur attentif et un acteur habité. C'est la cas avec les scènes de rupture amoureuse de ce pauvre garçon, dévoré par la jalousie, incapable de trouver la tranquillité dans son couple. Dès la marrante première scène, où notre héros se retrouve à une réunion de "Jaloux anonymes" et parle de tout autre chose que de sa jalousie, le personnage est bien dessiné, attachant, et le jeu de Maury, comédien inemployé et grande folle à la voix suraiguë et aux pulls improbables, est assez marrant. "Dans les années 60, tu aurais été sans arrêt engagé", lui dit son agent ; et c'est vrai : le gars a un jeu faux et décalé un peu comme Jean-Pierre Léaud, et il le rend juste et pertinent comme lui. Arnaud Valois lui renvoie son statut sérieux, son adaptation au monde avec finesse et un sens du jeu impeccable. Quant aux seconds rôles, Nathalie Baye et Théo Christine (oui, c'est un casting super gay-friendly), ils sont également complètement au service de la fantaisie du garçon, qui peut face à ces solides partenaires laisser libre cours à son jeu étrange, et s'octroyer le seul rôle intéressant au milieu de ces clichés (le copain raisonnable, la mère gentiment excentrique, le fantasme sexuel). Maury sait écrire, pas de doute, et quand il parvient, à de rares moments, à abandonner la contemplation de son nombril, qui le fascine de toute évidence, il réussit quelques dialogues, quelques situations, quelques séquences.

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Mais au milieu de ces petites éclaircies et de cet univers surprenant et sensible, notre Nicolas est surpris plus souvent qu'à son tour en plein exercice d'auto-centrage fatigant. Et les scènes qui en résultent, en jouant sur un style trop décalé, sont ridicules : c'est le cas avec les incursions de comédie musicale. A trois reprises, le personnage se met à chanter, comme dans les films d'un autre homo (ce serait quand même ballot de prendre pour référence un hétéro), Christophe Honoré, et là on est franchement consterné : non seulement parce que la chanson (une bluette de Vanessa Paradis) est trop forte en sucre, mais aussi parce que Maury, subitement, se transforme en sorte de diva hyper-sensible parfaitement ridicule (genre, la main sur la nuque et les yeux tristes, dans son petit pull mouton usé et ses slips Petit-bateau). Ces séquences sont complètement ratées, et c'est dommage, parce qu'on sent bien que c'est là que le réalisateur veut exprimer le plus sa grande fragilité et sa sensibilité de grand blessé de la vie. L'univers très Cage aux Folles (il est à deux doigts de beurrer une biscotte en criant comme une oie) qui donne le ton général du film ne fait rien pour s'attirer la sympathie, et on regarde ce pauvre type comme un animal étrange, étranger, qui ne nous touche pas, et qui aurait même tendance à user et à abuser des clichés homos dans sa volonté désespérée "de faire partie du cercle". Maury coche soigneusement toutes les cases, et finit par produire un film qui ne concerne que lui et son petit cercle d'influence. A peine intrigant.