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La vision de ce doc de Pennebaker peut surprendre, c'est pas faux. Et pourtant. Non seulement je fus responsable dans une autre vie de deux comédies musicales qui triomphèrent comme des rats en brochette en Chine. Et surtout ce doc va bénéficier dans les mois qui viennent d'une sortie chez Criterion. Et sinon ? Ben sinon, on voit les comédiens et les chanteurs, en studio - donc au travail -, accompagnés de tout un orchestre : il s'agit pour eux de graver dans le vinyle cette comédie musicale qui aura d'ailleurs par la suite un certain succès outre-Atlantique. Mais l'intérêt ? L'intérêt est justement de les voir face à ce micro donner tout ce qu'ils peuvent lors d'un enregistrement qui semble enquiller, sur une seule journée, indéfiniment les heures ; tout semble pourtant parfait, dès la première prise, c'est sans compter sur l'oreille aguerri de ce compositeur et parolier Stephen Sondheim qui ne laisse rien passer. Sous ses faux airs de Biolay avant l'heure, son regard torve et son humeur ronchon, Sondheim tente de trouver les mots pour à la fois ne pas brusquer les artistes tout en leur faisant bien comprendre que leur performance pourrait être bien meilleure. Tout est une question de rythme, de lyrisme, d'intonation. Sondheim ne semble pas forcément jouer pour la galerie au perfectionniste : il souhaite juste entendre ce qu'il a écrit et demande le meilleur à ses interprètes. Des interprètes, disons-le, qui sont loin d'être des bras-cassés : qu'il s'agisse de diction (certains rappeurs peuvent aller doucement se rhabiller et mettre leur bandana en string) ou de timbre de voix, on sent qu'on a affaire à de vrais professionnels qui tentent à chaque essai d'être au taquet. Pennebaker, qui se démène comme un beau diable dans ce studio plein à craquer, capte à la fois les chanteurs et les instrumentistes et ce doc (sur un sujet qui pourrait paraître un peu plan-plan, surtout pour les non-amateurs de la chose) ne manque point d'allant. Au détour d'une chanson, il insère quelques plans sur le chef d'orchestre, l'ingé son, le producteur... et il parvient en un peu plus de cinquante minutes à nous donner un portrait très complet de ce genre de taff. Il est souvent difficile de capter des auteurs en train de créer : ce n'est pas vraiment non plus ici le but du jeu mais le fait d'assister à ces performeurs en train de performer, d'être conseillés, de remettre leur travail sur le billot (l'ultime performance d'Elaine Stritch - au bout de la nuit... avant de revenir le lendemain - donne toute la mesure de la chose) est en soi passionnant, notamment par toute l'énergie qui s'en dégage. Des prises en studio très studieuses et un doc plein de good vibes.

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