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Eh ben voilà, encore une odyssée rondement menée : Quick Millions est en effet l'un des trois films (son tout premier d'ailleurs - les deux autres furent précédemment chroniqués) réalisés par Brown (il en a toutefois commencé d'autres... avant d'être remplacé...). Plaisir de retrouver ce cinéaste sur lequel je retombe de façon un peu hasardeuse puisqu'il fait partie de la sélection faite par Tavernier pour sa carte blanche (ou carte noire dorénavant ?) pour la Cinémathèque. Bref. Fi d'introduction et évoquons ce film, une nouvelle fois rondement mené : en a peine plus d'une heure, on va suivre l'ascension (et la chute ?) de notre bon vieux pote Spencer Tracy. Simple camionneur, il finit par s'acheter un costume et par gravir un à un les échelons de la pègre avec son sens de l'opportunisme (quoi de mieux, pour faire tourner les garages, que de péter les voitures du quartier ? - je fus à la même école... ; quoi de mieux, pour faire du business, que d'avoir le monopole en détruisant les camions de la concurrence ? ; quoi de mieux, pour prendre part à des investissements dans le bâtiment que de saboter le travail d'une entreprise jusqu'à ce qu'elle fasse appel à votre "protection" ?). Tracy trace sa route avec une certaine facilité et se trouve très fort... Mais il s'expose forcément... D'une part en oubliant un peu d'où il vient (le syndicat des camionneurs) : depuis qu'il fréquente la haute, il manque un peu de condescendance envers ses anciens hommes de main... D'autre part, en lorgnant sur la sœur du magnat du bâtiment, il se fait quelques fausses idées sur son pouvoir d'attraction... Il était à la colle avec la chtite Daisy (Sally Eilers), il veut changer d'école en se fiançant avec cette Dorothy Stone toute en classe (Marguerite Churchill) : il veut jouer dans la cour des grands mais se voile un peu la face... Il risque en effet non seulement de tomber sur un bec en voulant épouser Marguerite (il l'amuse... et c'est bien tout...) mais il risque surtout de se faire doubler dans ce business sans foi ni loi par son ancien associé, un certain Nails, plus malin qu'on ne croit...

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Alors oui, c'est mené tambour battant, parfois un peu trop (un ou deux petits trous dans le scénario) mais on prend plaisir à suivre cette verve et cette audace d'un Tracy qui grimpe les étages à la vitesse d'une fusée. Toutes les dix minutes, son changement de costume montre qu'il a encore pris du grade au sein de la société et notre homme, auprès de son bras droit (le toujours excellent George Raft), de se croire de plus en plus intouchable... Seulement s'il est le roi pour pourrir des investisseurs immobiliers et pour se rendre ainsi incontournable, il oublie quelque peu sa base (son léger mépris envers les siens) et n'est pas vraiment clairvoyant pour savoir où il va (cette donzelle s'intéresse autant à lui qu'à un clown : elle rit à ses côtés et sitôt l'oublie). Il pense ne pas être né de la dernière pluie mais il est un peu trop dans les fraises (son amour pour Dorothy l'obsède) pour se méfier des coups bas... Il est notamment victime d'un coup fourré (Raft se fait bêtement piéger) mais préfère s'occuper de ses petits problèmes perso (kidnapper Dorothy !!!) plutôt que de régler cette inquiétante mise en garde... Brown filme droit, monte serré, et se permet quelques petites trouvailles qui font leur effet : un meurtre filmé du sol (les pieds de l'assassin qui rentre dans la pièce, la victime qui s'écroule) ou une scène de danse filmée en plongée (Raft précurseur du moonwalk) sont autant de petites parenthèses macabres ou divertissantes qui restent en tête ; un polar (plus dure sera la chute... quand on oublie la morale au vestiaire et qu'on joue au camionneur fleur bleue...) parfaitement troussé par un Rowland Brown débutant qui offre à son acteur principal, Spencer Tracy, un de ses tout premiers grands rôles marquant. On ne peut enlever à Tavernier son bon goût pour le cinéma américain, non, non.

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