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Brac continue son petit travail de cinéaste mettant en scène de jeunes acteurs aimant à donner l'impression d'improviser leurs dialogues ; on n'a rien contre. Une situation de départ pour le moins romantique (un jeune homme décide de prendre une semaine de break pour aller voir la donzelle qu'il a connue le temps d'une nuit), pour le moins "dramatique" (l'effet surprise se révèle-t-il toujours efficace ?) et pour le moins amicale (il s'embarque avec un de ses potes et se lie, dans son périple, avec le conducteur BlaBlaCar qui les a menés jusqu'à ce camping en bord de rivière) : l'amour sera-t-il au rendez-vous, c'est fort possible, mais pour qui ?

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On part avec le cœur léger dans ce petit film comme on partirait en stop en vacances ; ce grand black sûr de lui, son pote plus solide qu'un abri bus et ce petit mecton de conducteur un peu con-con font vite figure de pieds-nickelés : ils plantent d'abord la bagnole et l'histoire d'amour tourne court ; il est clair que la promise ne goûte guère à la surprise et fait preuve d'un caractère rapidement chiatique. Il va falloir ramer pour ce type qui a traversé la France pour gagner sa confiance... Pendant que notre grand black s'enlise, son pote se noue d'amitié avec une jeune femme avec (très jeune) enfant ; en l'absence du mari, notre bon bougre joue volontiers les baby-sitters auprès de cette jeune femme avenante qui a tendance à lui raconter ses malheurs... Notre homme sert-il juste de faire valoir ou peut-il espérer un peu plus de cette jeune femme abandonnée ?... Quant au petit mecton, s'il montre aussi peu de talent en vélo qu'au karaoké, il se révèle bon compagnon de route auprès de ses deux nouveaux potes... Ambiance pour le moins tranquille et mignonne : on se dit que Brac ne s'est pas extrêmement foulé au niveau scénario mais on s'attache progressivement à cette petite parenthèse vacancière entre amis pleine de micro-rebondissements : des femmes qui passent, des caprices, des désillusions et parfois des miracles. Cela ne prétend pas être plus distrayant qu'une petite partie de canyoning entres amateurs et certains acteurs semblent un peu plus aguerris et à l'aise que d'autres (ce jeune docteur, hein, ouais, il y a du chemin encore...) : même si on attendait avec le temps un peu plus de métier et de fond chez Brac, cette petite chose se goûte avec la même joie qu'une bière bien fraîche - en attendant rapidement la suivante...   (Shang - 04/06/21)

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Totalement sous le charme de ce petit trésor de finesse, je ne peux que m'offusquer devant la légèreté légèrement ennuyée de mon camarade qui, s'il n'y prend garde, risque de passer à coté d'un nouveau Jacques Rozier, je dis ça je dis rien. En tout cas, il y a dans ce film tout ce qu'on attend depuis longtemps dans le cinéma français trop corseté et trop prisonnier du scénario : un réel vent de liberté y souffle, une manière modeste et "voyoute" de parler de la société d'aujourd'hui, des jeunes, de la diversité, enfin autant de thèmes que n'importe quel cinéaste installé aurait transformé en thèse pompeuse. Brac, lui, en fait une comédie craquante et émouvante, jolie comme un cœur et réellement libérée de toute contraintes, très attentive aux petits battements du cœur de sa troupe de comédiens, tous choisis pour ressembler aux vraies gens, à vous et à nous. Qui, franchement, depuis les balbutiements de la Nouvelle Vague a su parler aussi finement des rapports sentimentaux entre filles et garçons, et entre garçons ? Un type qui chante faux au karaoké, des gosses qui vannent un couple en train de s'embrasser, la maladresse d'un baiser sur la bouche, un grand dadais qui a du mal à couper le cordon avec sa môman, une bagarre qui vire à l'échange d'excuses, deux potes qui en regardent un troisième en plein exercice de séduction, et inutile d'en faire plus : Brac capte la vie dans sa pulsation la plus ténue et la plus essentielle. Il le fait qui plus est en gardant constamment à la bouche un sourire d'une grande tendresse, à hauteur de ses personnages, jamais supérieur, en pleine admiration de ses acteurs (tous parfaits).

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Ce qui est étonnant et très nouveau dans ce cinéma-là, à l'opposé d'un Mouret, d'un Kechiche, d'un Rohmer, c'est que ce n'est pas par le dialogue que passent les rapports entre les gens (c'est sûrement ce que Shang taxe d'indigence scénaristique) : ce sont les corps qui expriment les choses. D'abord celui des garçons et des filles, puisque l'aventure de nos trois poteaux sera déclenchée par un simple contact physique un soir de fête, une danse qui promet, et que ça se continuera par une sorte d'incessante danse de séduction entre tous ; celui des garçons entre eux, peaux un peu maladives, corps trop gros, maigreur de l'un, beauté du corps de l'autre, tout ça cohabitant dans l'espace intime et voué à la promiscuité d'un camping ; corps social au final, tout se résumant comme souvent à un rapport de classe qui biaise tout : le milieu populaire de Félix opposé aux vacances prout-prout d'Alma, la rudesse un peu geek de Chérif opposée aux conventions d'Héléna, tout ça passe par la chair, par le contact (ou non) des corps. Mais malgré cette incarnation, la couleur de peau ne joue aucun rôle là-dedans (c'est peut-être, mon gars Shang, ce qui a énervé notre commentateur : les personnages ne sont pas définis par "grand Black" ou "grand Blanc", ceci dit sans du tout te soupçonner de quoi que ce soit), les comédiens semblent choisis juste pour leur statut social (et leur talent). La politique n'intéresse pas beaucoup Brac, comptent plutôt les émotions de cette jeunesse que le bougre regarde avec fascination et bonheur, dans une atmosphère de vacances ensoleillée qui rappelle les plus grands moments de Rozier. A l'abordage est une plongée en enfance qui devrait faire date dans l'histoire du "film de jeunesse".    (Gols - 04/06/21)

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