nostalghia

C'est rare, tant mon intelligence brille de mille éclats, mais il arrive, comme ça, de temps en temps, que je n'entrave rien à un film. Je ne sais pas, un style qui ne rencontre rien en moi, par exemple, ou un humour que je ne saisis pas (je me souviens d'être resté exsangue et terrifié devant Bienvenue chez les Ch'tis), ou une cérébralité qui me demeure étrangère, voyez ? Eh bien je l'avoue : c'est ce qui vient de m'arriver avec Nostalghia, que j'ai pourtant regardé de bout en bout, reconnaissez l'effort. Je ne capte pas le début du commencement de quelque chose dans ce film. Je ne sais pas de quoi ça parle, et il m'a fallu le résumé du dos du DVD pour que j'apprenne qu'il était question d'une quête par un poète russe d'un musicien du XVIIème en Italie, de sa rencontre avec un ermite fou, et d'un pari honoré de traverser un bain avec une bougie. J'ai même été très étonné de lire qu'il mourait au final d'une crise cardiaque, je n'ai rien vu de tel. Vous me voyez donc un peu embêté de ne pouvoir vous servir une de mes prodigieuses analyses diaboliquement judicieuses sur le sens de cette fable (?), sur la profondeur de ces plans de tableaux de Piero della Francesca, sur la pertinence du discours politique du fou ou sur la viabilité de la symbolique du bain purificateur. Je me contenterai donc de mentionner que, effectivement, Tarkovski fait des plans magnifiques. Chacun de ceux qui composent Nostalghia, qu'ils soient en noir et blanc (séquences de rêve, voir Wikipedia) ou en couleur, fixe ou savamment mobiles, sont de véritables tableaux où chaque élément est soigneusement pensé et placé au millimètre près pour faire jouir l’œil du spectateur. Qu'on pense ne serait-ce qu'au dernier du film, un zoom arrière qui, d'un reflet dans une flaque d'eau, ouvre à un monumental décor de ruines, chaque seconde de cette ouverture de plan étant plus belle que la précédente ; ou à ces splendides plans sur les bains publics ou sur une foule disposée sur un escalier, qu'on dirait presque issus d'un film baroque de Fellini. De là à considérer le film comme esthétisant et un peu adepte de l'art pour l'art, il n'y a qu'un pas que je me garderai de franchir, n'étant pas le spectateur qui semblait lui convenir. Voilà, je crois que je suis au bout de mes capacités, ma lutte avec ce film s'est conclue par K.O.