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Si vous cherchez un film d'action, il serait bon que vous passiez immédiatement votre tour. Je dois reconnaître que moi-même, qui en ai vu, si j'étais tombé sur ce film à ma naissance, j'aurais purement et simplement fait machine arrière. Akerman filme des gens dont la joie de vivre est égal au quotient intellectuel d'un footballeur divisé par celui d'un chroniqueur de chez Pascal Praud et autant vous dire qu'on frôle la négation. Cinq rencontres, pour cette réalisatrice incarnée par une Aurore Clément somnolente, cinq personnes qui semblent s'être fait dénerver avant le tournage pour parvenir à une intonation de voix si blanche. Un hôtel, un homme qu'elle a rencontré lors de la présentation de l'un de ses films à Cologne : ils couchent ensemble, on ne s'aime pas, dit-elle, rhabille-toi et l'ambiance est cassée direct. Cela n'empêchera pas l'homme d'inviter Aurore pour l'anniversaire de sa gamine de cinq ans, l'occasion pour lui de lui raconter ses déboires (sa femme est partie avec un Turc, pour un Allemand c'est comme perdre un match de foot Les Vanuatu), sa vision pessimiste de la vie : le type face à cette pauvre Aurore est si morne, si immobile dans son jardin que le décor derrière s'arrête littéralement de bouger (il y a peut-être encore au loin une feuille qui respire mais pas sûr). Plombé, qu'on est. Gare de Cologne, une amie de sa mère : une vraie troubadour tellement désespérée de la life qu'on pense qu'elle est déjà embaumée. Train Cologne-Bruxelles (les 3h30 du trajet, on les sent, putain, presque double même), un type rencontré dans le couloir. Le type a voyagé dans plein de pays, a rencontré diverses femmes, à chaque fois une même constante : l'échec. Le type veut vivre en France, celle de Giscard, pour y trouver la liberté, le con. On s'est déjà tiré trois balles dans la tête, on en garde trois pour la suite. Gare de Bruxelles, rencontre avec sa mère (la pimpante Léa Massari... enfin, avant qu'elle soit passée sous un train...). Les deux femmes vont à l'hôtel, se couchent ensemble dans le noir, Aurore lui raconte une aventure lesbienne lors de ses voyages ; Léa est au bord de l'infarctus, on se dit que les lumières se sont définitivement éteintes chez elle. Compassion et complicité, zéro, on se tire la quatrième balle, on se surprend même à viser. Gare de Paris puis hôtel parisien, un homme, un ami, un amant, Jean-Pierre Cassel, il s'est coupé les cheveux comme ça il est encore plus moche (sic), il a envie d'elle, oui répond-elle avec un enthousiasme de croque-mort. Aurore, dans cette chambre d'hôtel au design d'aveugle, nous chante une jolie version a capella des amants d'un jour (Moi, j'essuie les verres au fond du café...), une de nos paupière sursaute ; ils vont passer au lit, cette scène d'amour s'annonce exaltante, ils n'ont pas cessé de se caresser les fesses ; ah ben non, Jean-Pierre est soudainement tout quetou, elle doit trouver une pharmacie de garde pour le soigner. On serait bien rester à l'hôtel, nous, mais on l'accompagne pendant des plombes. La cinquième balle est partie quand finalement elle rentre chez elle (la libido s'est enfuie - coup dur) ; on a bien fait de garder précieusement la sixième balle, elle partira une fois qu'on a écouté ses messages vocaux (une petite voix italienne lui a-t-elle enfin arraché un sourire ? je n'en mettrai pas ma main au feu). Ah c'est éprouvant, chaque minute en dure deux (j'ai vérifié, chaque minute dure réellement cent-vingt secondes - Akerman fait du cinéma quantique) et ce ton monocorde, cette déprime généralisée, ces gueules lessivées finissent par vous achever. Akerman, Le cinéma de la Dépression, de la lucidité face à la solitude humaine, de la normalisation du suicide pour tous. A très petite dose, même si on doit reconnaître que le dispositif narratif, le filmage, le jusqu'au-boutisme de la chose, sont en tout point implacables, glaçants, d'une rigueur digne de la mort. Exigeant, oui, astreignant, définitif... Un coup du lapin. Pour cinéphiles trois fois avertis...

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