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Un petit tour dans le Podalydès première manière, avec ce film des débuts qui reprend le personnage de son moyen-métrage Versailles Rive gauche. On se sera au moins assuré avec cette vision que le style du bougre n'a guère changé en 25 ans : il pratique toujours avec plus ou moins de bonheur les petits sentiers de la fantaisie mélancolique et rigolote, et est toujours aussi modeste dans son écriture et sa mise en scène. Dieu seul me voit scrute les petits atermoiements de l'homme mâle parisien à la calvitie naissante, en la personne de Denis Podalydès, impeccable pour camper les êtres banals et désemparés avec ce petit côté clownesque qui va bien. Il quitte son appartement du premier volet pour arpenter cette fois-ci les rues d'un Versailles boboïsé, croiser quelques personnages hauts en couleurs, y discuter avec ses potes tout aussi perdus que lui, et y coucher avec quelques femmes conquises à la sueur de son front. Un portrait tout à fait juste de ce petit mec sans envergure, pas particulièrement séduisant, pas particulièrement brillant, et de sa vie finalement trépidante (si vous admettez qu'un pneu crevé, un évanouissement pendant le don du sang ou un copain un peu lourdaud peuvent être trépidants). A cheval entre Hergé, modèle de toujours, dont il adopte la ligne claire et la naïveté proche de l'enfance, et des tourments à la Truffaut, dont il choppe la douce mélancolie et le thème de la difficulté à grandir, Podalydès invente son style. Si on peut trouver qu'il est un peu trop petit pour vraiment transporter, on peut aussi se laisser aller à ce charme indéfinissable, à cette fantaisie parfois proche de la douce folie, à ces personnages ordinaires, à cette justesse des sentiments.

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Le scénario, élégamment dilettante, est plus une suite de saynètes et de petites situations cocasses qu'une vraie construction. Il sait parfaitement étirer une situation sur la longueur pour qu'elle devienne finalement comique, mais d'un comique discret, absurde, jamais hilarant. Ce qui a finalement plus à voir avec une poésie du quotidien qu'avec une vraie farce, avec un drôle de récit d'émancipation par l'amour qu'avec une grosse comédie pure et dure. On peut ainsi voir un copain ramener des chaussures de ski en plein bureau de vote, ou une infirmière chanter "Guantanamera" pendant un don du sang, ou deux gusses pisser dans une toute petite cuvette de chiottes, ou un Michel Vuillermoz excellent qui promène sa bougonnerie dans tous les coins du film. C'est pas grand-chose, on le voit, mais ça a le charme de la simplicité, et Podalydès a un imaginaire développé qui lui permet de réellement pousser au bout ses petites idées (le repas où le héros ne cesse d'aller vomir alors qu'il dîne avec la femme de sa vie). Porté par une troupe de comédiens attachants et originaux (Balibar, Candelier, Brouté, et bien sûr Podalydès frère), ce petit machin sans réelle conséquence n'en possède pas moins son style propre, et on est là-dedans comme dans un canapé confortable. Bien bien.

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