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Un bon petit film de science-fiction, ça change le quotidien, non : nous voici devant l'adaptation (vintage et originale) d'un bouquin apparemment culte daté de 1971 et signé par l'américaine Ursula K. Le Guin. Tout commence comme un bon vieil épisode de La quatrième Dimension : un jeune gars, un certain George Orr, is not well ; alors même qu'il a survécu à un désastre survenu sur Terre il y a quatre ans, il est victime d'un phénomène pour le moins étrange : ses rêves deviennent réalité ; juste un exemple : il a rêvé de la mort de sa tante, et pfiou la pauvrette a disparu. Après un abus illicite de médicaments dans cette société du futur un poil morose, il est confié à un certain psychiatre, le Dr Harber, qui se targue d'être spécialiste des rêves. Il explique son cas. Comprenant rapidement l'intérêt d'avoir un tel prodige sous la main, le docteur va l'utiliser pour servir ses propres intérêts : il manipule ainsi les rêves de George pour se retrouver à la tête d'un empire dans le domaine de la recherche. Il tente également, parallèlement, de régler certains problèmes terrestres avec plus ou moins de succès : mettre fin au racisme (et tout le monde de se retrouver avec le même teint gris-bleu d'un Schtroumpf malade...), mettre fin à la guerre sur Terre (et les armées du monde de s'unir... pour combattre l'invasion de la Lune par les extra-terrestres (...)), mettre fin à la surpopulation (et pam, voilà la Covid - j'adapte à peine). Bref, cela part un peu en vrille : plus le docteur utilise notre gars, plus l'humanité a l'air de se déshumaniser. George, qui se rend compte depuis le début qu'on se sert de lui, tente de demander conseil à une certaine Heather LeLache, qui œuvre dans une sorte de cabinet de conseils (et dont il tombe amoureux). C'est un peu grâce à elle, en un sens (et aussi grâce à un extra-terrestre, si, si), qu'il trouve la foi et la force de s'opposer aux "rêves" du mégalomane Harber qui tente de remplacer George par une machine qui lui obéirait aux doigts et à l'oeil (fermé)... L'humanité s'en remettra-t-elle ?

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Rêve dans le rêve, réalité subitement tronquée, rêve éveillé, on doit reconnaître qu'il devient sur la fin pas toujours évident de savoir dans quel monde on vit (le rêve de George, le rêve dans le rêve de George, la réalité recrée en partie par George ?... C'est nolanesque en diable, oui). Malgré cela, le concept est à la fois relativement intéressant (des soi-disant améliorations qui finissent par tuer l'humanité) et relativement captivant (à chaque rêve, on se demande ce qui va advenir de la réalité...). Alors oui, la facture visuelle (film réalisé pour la téloche) est assez pauvre, les effets spéciaux souffrant notamment d'un manque cruel de moyens (les soucoupes volantes ressemblant à des burgers sortis tout droit d'un jeu vidéo vintage) ; les deux réalisateurs tentent malgré tout de combler les trous du budget en nous proposant des décors existant "modernes" qui donnent une certaine ambiance futuriste à la chose - cela part d'un bon sentiment et le résultat n'est pas si mauvais, allez. Mais fi de l'aspect visuel, ce film propose surtout une certaine réflexion sur ce qu'il pourrait advenir de notre monde entre les mains de "visionnaires" qui, sous couvert de bien faire pour tous, n'agiraient que pour leur propre gouverne (vous voulez des noms ?). Face à Harber, George, qui n'est en rien un doux rêveur (son subconscient est tout autant bordélique que le vôtre), tente tout de même de résister - ce monde "idyllique" qu'il a participé malgré lui à construire à tout d'un cauchemar orwellien. Il sait que la lutte contre Harber s'annonce particulièrement "destructrice" (et s'il perdait en route ce qu'il a de plus cher ?) mais il se lance dans le combat - tout n'est, de toute façon, jamais totalement "peine perdue". Une petite œuvre sortie de nulle part qui propose une sympathique petite réflexion distopyque (il y a les films avant The Lathe of Heaven et les films après - je plaisante). Pas mal troussée, l'affaire, et bien pensée.

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