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Un petit portrait sans façon du bon Rohmer, réalisé au lendemain de sa mort par son égérie de toujours, Marie Rivière, on y va yeux fermés... et on en ressort un peu grimaçants. Rivière prévient dès le départ : il ne s'agit pas de faire un film hyper chiadé, mais plutôt un petit truc au fil de la plume, amoureux et ouvert aux rencontres, maladroit et bricolé, à l'image de l'amour tout tendre et mignon qu'elle éprouve pour le maître. En l’occurrence, on est servi : il y a dans En Compagnie d'Eric Rohmer un aspect foutraque et amateur qui fonctionne à peu près 3 minutes, avant qu'on se rendre compte que la réalisatrice n'a guère de projet et place dans son film tout et n'importe quoi, le précieux et l'inintéressant. On a un peu mal de voir notre bon Eric Rohmer servi à cette sauce de tendresse infantilisante qui le ridiculise beaucoup, le faisant passer pour un gros bébé auprès de cette comédienne agaçante qui le maltraite et le "déguise" comme on ferait d'une poupée. Pauvre Eric, contraint d'ânonner les bribes des poèmes dont il se souvient devant une cinéaste hilare, de chanter (comme une casserole) des airs médiévaux alors qu'elle s'en cogne, ou de poser pour le cadre de cette fofolle surexcitée qui a décidé d'en faire son sujet, pris en otage, par gentillesse sûrement, d'un film qui le rebute de toute évidence. Sans vouloir être méchant, parce que le projet est sincère, on aurait préféré un regard un peu plus intelligent que celui-là, et on se dit que Rohmer l'aurait bien mérité aussi.

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Convaincue sûrement dès le départ de son peu de talent en matière de mise en scène, Rivière inclue dans son film la propre critique de son film : ses cadres hésitants et sa photo dégueulasse, son manque de préparation et le flou de ses questions à Rohmer sont donc gardés tels quels, et elle va même jusqu'à demander à son fils de cadrer lui-même pour compenser ses manques. Le résultat est une suite de scènes inutiles, comme des transitions, où on voit la belle se pavaner à Biarritz, marcher sur les quais parisiens ou emprunter une caméra à sa copine, très mal filmées par ailleurs. Très décousu, le plan du film la fait évoquer ses collaborations avec Rohmer, se rendre sur place, montrer un petit extrait de ces films ou arpenter des lieux de souvenirs, mais la nostalgie recherchée ne fonctionne pas du tout. Plus intéressantes sont les vraies rencontres avec Rohmer : si la plupart sont ratées elles aussi par manque de matière (le bougre semble se demander un peu ce qu'on attend de lui), certaines touchent parfois juste : c'est le cas avec les retrouvailles entre Rohmer et Luchini, où ce dernier rivalise de drôlerie dans son évocation des tournages. Toujours aussi émerveillé par la culture de Rohmer, par la beauté des vers de Perceval le Gallois, par les indications absurdes du gars ("plus... Fernandel"), Luchini excelle à évoquer le petit truc drôle, rendant justice au bonheur des tournages, à l'amusement constant du cinéaste (le plaisir, qui est son seul moteur), et son bagout emporte tout. Subitement, au détour de cette scène, quand Luchini explique à son maître qu'il lui doit sa vie, on se retrouve tout ému par cette déclaration, et on se dit qu'enfin là on a une déclaration d'amour digne et juste.

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On rigole aussi de voir la catastrophe de la rencontre entre le jeune acteur d'Astrée et Céladon et Rohmer, qui semble n'en avoir rien à foutre, on s'intéresse à ces extraits de rencontres à la Cinémathèque, on attrape par-ci par-là quelques pensées profondes (sur la littérature, la poésie, le cinéma, l'auto-critique, la technique) mais on soupire de voir ce grand monsieur aussi mal regardé et mal senti. La réunion entre lui, Rivière et Dombasle fait franchement mal au sein tant les deux follasses le ridiculisent. Bon, reste un témoignage sur la profonde gentillesse du gars, sur son érudition modeste, sur son amour du cinéma inentamé jusqu'à la fin, sur son rapport bon enfant avec ses actrices et sur le bonheur éternel de ses films, et même sur son humour, qui nous fait nous re-souvenir que l'essentiel de ses films sont des comédies plutôt légères. C'est déjà ça...

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L'odyssée rhomérique est