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Made in Dagenham est un film (à l'anglaise) qui part d'un bon sentiment puisqu'il s'agit ici de retracer le combat des femmes (from a true story, quasi) dans les usines Ford en Angleterre à la fin des sixties : ces dames, couturières qualifiées en charge de ces moelleux sièges, demandent un salaire équivalent à celui des hommes ; les patrons font les gros yeux, les syndicats eux-mêmes sont frileux, le pouvoir observe mais ces femmes ne se démontent point et commencent une grêve illimitée... qui amène très vite la fin de la production de bagnole chez Ford (sans siège, une voiture perd de son intérêt). C'est Sally Hawkins (as Rita) qui mène le combat appuyé en sous-main par le syndicaliste Bob Hoskins (qui la pousse contre l'avis de ses pairs, sans corones). Sally fait entendre sa petite voix auprès de ses collègues, auprès des patrons, anglais et ricains, auprès des représentants syndicalistes, auprès de la ministre en charge du dossier : elle partait dans ce combat les bras ballants, elle parvient bon an mal an à faire plier tous ces petits mâles imbus de leur pouvoir. Girl power.

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Le combat est sain, la réalisation l'est moins. Non point que le film ne soit pas adroitement construit (le combat de Rita est doublé d'autres combats de femmes dans leur propre milieu - cette bourgeoise mariée à un patron de Ford : elle a fait de hautes études et doit se comporter chez elle comme bobonne ; cette ministre entourée d'hommes : elle est conseillée de toute part mais doit elle aussi prendre le taureau par les cornes et imposer ses vues personnelles), disons seulement qu'il force un peu trop maladroitement le trait. Rita est entourée de collègues un peu trop glamour (un côté sexy, "spice girls", qui desserre un peu le fond), son combat au sein même de son foyer enfonce cette opposition homme / femme à coups de marteau (le mari, passif, qui se fait déborder par sa femme, tente de se rebeller un brin mais finit par comprendre le courage de sa moitié - sortez les violons) et le portrait de ces hommes hauts placés fait preuve d'un manichéisme indéniable (le vieux syndicaliste condescendant et peureux, les patrons anglais dubitatifs et sans couilles, le patron ricain manipulateur et aveugle, le prof violent et sourd - cela ne laisse pas de place au doute, on assiste bien au combat du Bien contre le mâle). L'image est filtrée à mort pour donner ces teintes vintage et l'on sent que Cole ne s'embarasse,, dans sa démonstration de guère de nuances - dommage, il y avait de la place pour livrer un film simplement à hauteur de femmes. Reste une Sally Hawkins, pleine de fraîcheur et de gouaille, attachante de par son humilité ainsi que cette bourgeoise pleine de classe incarnée avec une évidente prestance par Rosamund Pike. Un combat sain, utile, bien mené, dommage que le film rentre un peu trop dans les cases "Dossier de l'Ecran" et soit d'un didactisme forcené. Made in England, sauce ketchup. 

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