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Un film qui glorifie la beauté des corps en mouvement (même en "slow motion feint") est toujours bon à prendre en ces temps de contacts illicites. Patric Chiha s'empare du spectacle de Gisèle Vienne et filme aussi bien ces corps au travail, dirigés, que ces êtres au repos évoquant leur rôle, leur vie sans que l'on sache si l'on est toujours dans la fiction, l'auto-fiction (on s'invente son personnage comme on s'invente une vie) ou la vie réelle. Le fond de la pièce : une soirée entre filles, garçons, homos, hétéros, où les corps de mêlent, s'attirent, se repoussent, se désirent, s'aiment - ou pas ; des relations sentimentales se nouent ou se dénouent. Rien de bien original en soi, certes, mais cela permet au gars Chiha de s'immiscer avec sa caméra dans cet entre deux : il y a la vie sur scène et les scènes de nos vies. On se confie à la caméra sur son rôle, sur ce qu'on insuffle de personnel dans ce rôle et le doute subsiste toujours un peu de savoir si cela est écrit à l'avance ou point ; le fait est que les frontières semblent forcément poreuses entre ces deux mondes. On suit tout cela d'un oeil attentif, tentant de ne pas se faire hypnothiser par cette musique lancinante et par ses corps qui semblent se déplacer sur la lune ; on pense forcément, en suivant cette soirée qui semble avoir échappé à plus d'un, au Climax de Noé, en moins trash, en plus conscient. Si ces chorégraphies filmées à fleur de peau parviennent parfois à nous faire toucher du doigt la beauté de cette jeunesse qui se donne, s'adonne et se perd parfois un peu en route, si l'on apprécie ces semi-confessions de ces acteurs qui jouent une partie de leur vie sur scène, il faut aussi reconnaître qu'on se retrouve aussi à notre tour dans un entre-deux pas toujours si confortable : ni en face d'un spectacle vivant (vous savez, ce truc qui se meurt actuellement), ni en face de confessions totalement sincères tant l'on sent la petite préparation au préalable, l'écriture un peu lisse de ces "confessions". On accepte volontiers ce trouble, cette absence de frontière (côté planche, côté loge) mais on n'est pas non plus totalement happé par ces personnages qui jouent constamment de cette ambiguité - comme si on finissait par sentir le poids de ce dispositif où les êtres perdent un brin de leur sincérité. Spectaculaire mais un peu artificiel.

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