9782378801748,0-6993092Badaboum et patatras. Après deux livres très attachants, voilà notre Jean-Baptiste Andrea qui s'effondre tranquillement et qui nous livre un roman bâclé, cucul la praline, et écrit sans passion. Pour tout dire, on dirait même parfois du Pennac, ce qui n'est pas un compliment. Il est vrai que son écriture a toujours flirté avec une certaine naïveté, un romantisme un peu suranné ; mais pour l'instant il la tenait très bien sur une crête entre Jules Verne et des inspirations plus adultes, plus profondes. Là, on a l'impression d'un livre pour enfants un peu ringard, comme on n'en écrit plus. Petit hommage à ses lectures de jeunesse ou basculement par facilité dans un style neuneu : on ne sait pas, mais le couperet tombe : c'est mauvais. Le livre raconte la pathétique existence de Joseph, pianiste génial dont l'ascension est brisée par la mort de ses parents dans un accident d'avion. Placé dans un établissement pour orphelins dickensien, il va éprouver les dures lois de la vie sous la férule de maîtres sadiques et de camarades sans pitié. Mais avec une poignée d'entre eux, il va créer La Vigie, groupe du genre "cercle des poètes disparus", avec lequel il va fomenter actes de rébellion et projets d'évasion. Découverte de l'amour, passion pour Beethoven, apprentissage de la désobéissance et de la solidarité : Des Diables et des Saints est un récit d'initiation mouvementé, qui va se terminer par une fuite éperdue dans un tunnel bien symbolique (le seul bon passage du livre).

On ne sait pas trop à quoi c'est dû, mais cette fois l'écriture d'Andrea se fait mièvre, attendue. Il y a dans ce portrait de la petite communauté d'enfants laissés-pour-compte une succession de clichés déjà vus mille fois ailleurs, qui ne parvient pas à fabriquer une intrigue crédible. Les références sont du côté d'une littérature dépassée, il y a du Pagnol, du Club des Cinq, dans ce roman qui sanctifie l'enfance, qui en fait une petite chose toute d'innocence opposée à la brutalité des grands. On comprend le principe, mais on tique devant le schématisme de ces personnages faussement complexes, aussi bien du côté des petits (une sorte de petit Gibus moderne qui se pisse dessus tous les matins) que des grands (un geôlier qui a tout de l'ogre). Très rapide dans son rythme, mais peut-être un peu aussi dans le travail qui y a été consacré, le livre se raccroche désespérément à sa trame, oubliant l'écriture et le style. Ça prend des allures de roman d'aventures, ça se veut plein de suspense et de rebondissements, et c'est vrai qu'il y en a ; mais c'est aux dépends de l'écriture, curieusement plate, avec ces dialogues bâclés et cette vision de la vie niaiseuse. On ne cesse de tiquer devant les facilités de style, le peu d'ambition formelle de la chose, la trame courue d'avance. Bon. On garde notre confiance en Andrea, qui a su nous pondre quelques belles pages précédemment ; et on oubliera cette parenthèse effectuée par-dessus la jambe.   (Gols - 05/02/21)


On se lance parfois dans un bouquin sans trop savoir pourquoi : un type qui joue du piano dans les gares (allez, pourquoi pas, j'en ai croisé plein, grand temps de savoir qui se cachait derrière ces êtres...), un virtuose, apparemment, un type qui attend, surtout, un type en fait tout à fait normal qui perdit ses parents prématurément lors d'un accident pour le moins béta, un gars qui s'est retrouvé dans un orphelinat, un orphelinat aux confins du monde aux allures de prison... C'est tout ce temps passé dans ce lieu sous l'œil d'un abbé donneur de leçon et de surveillants bourrins qui fera l'essentiel de ce récit d'enfance et d'adolescence volées ; notre héros, entouré d'une poignée d'enfants tente de survivre et de s'organiser en attendant le grand jour, celui où il leur faudra passer à l'acte : s'échapper de ce carcan qui les brise un à un. Notre pianiste en herbe aura bien l'occasion, pour briser la monotonie de cette vie de reclus, d'avoir une petite amourette avec une donzelle capricieuse nommée Rose prête à s'éclore à lui . C'est elle qui tentera de lui donner des ailes pour se faire la malle et qui le poussera encore, lorsqu'elles auront été une première fois brisées, à réitérer cette folle tentative à l'allure de fuite en avant. Alors, comment dire pour ne pas faire dans l'obséquieux .... Bah, c'est un gentillet petit roman d'aventures en milieu clos qui rappelle plus les temps doucereux des Disparus de Saint-Agil que la folie douce d'un Zéro de conduite. Andrea, obsédé par le rythme de la musique, celle de Beethoven, signe un roman sans grands temps morts mais qui manque pour le coup un peu de souffle. S'il tente de placer autant que faire se peut des références au grand Ludwig et au besoin, chez tout grand pianiste, de trouver sa petite musique, son écriture est loin de nous emmener dans des stratosphères autres que celles des pianos ou des romans de gare. C'est un récit qu'on sent nourri d'une enfance triste mais pugnace, d'un besoin absolu de trouver sa bonne étoile quand on a tout perdu. Bien. C'est une sorte de petite mélodie qui se trémousse gentiment sans jamais, voyez-vous, qu'elle nous déchire le cœur ou un tympan. C'est sage et tranquille et sûrement plus adapté dans le fond pour adolescents en manque de "fugues" - ou les nostalgiques des internats... Un petit bouquin passe-temps qui passera aussi vite dans mon esprit qu'un banal train de nuit.   (Shang - 05/04/21)