9782367190808,0-7000391Il faut fouiller dans les premiers romans pour trouver quelques traces de littérature en cette rentrée. Petit tour donc dans l'univers de Thomas André, et tour payant : voilà un vrai beau livre, qui s'interroge sur le style, qui travaille la langue, sans s'occuper d'être dans la mode et d'être invité dans les salons chics. Sur les traces des grands romanciers américains, les Hemingway, les Salinger, les Capote, cet auteur venu de nulle part (la note biographique de couverture est sobrissime) réussit le livre le plus direct et le plus émouvant du moment, par l'économie de moyens, par l'épure, sans en rajouter. Il est question du sujet éternel de la littérature mondiale (après le couple et le harcèlement sexuel...) : l’émancipation d'un jeune homme. Le temps d'un été, Marius expérimente tout ce qu'un jeune peut expérimenter : le sexe, l'amour, la joie, la fête, la lecture, le soleil, la nature. Par ailleurs, il est aussi inscrit à un tournoi de tennis, qui le voit gravir les échelons de plus en plus vers la finale. Au fil des matchs, racontés minutieusement, notre gamin découvre tout simplement la vie, dans cette parenthèse enchantée loin de tout, baignée de chaleur et de liberté. Ça paraît minuscule, ça l'est même souvent, mais pourtant ce roman vous envoie toutes les sensations de la terre droit dans la face, avec une sobriété étonnante. C'est cette très patiente sculpture de la phrase qui donne cet effet : André écrit net et droit, sans fioriture, et pourtant ce n'est pas austère, c'est la simplicité incarnée, un peu comme ce que Hemingway tentait de faire. André n'est pas encore à ce niveau-là, faute peut-être de construction globale de son livre ; mais il parvient tout de même plus souvent qu'à son tour à quelques diamants bruts dans son style, quelques phrases qui explosent immédiatement par leur simplicité, leur netteté de trait. Pas besoin de 3000 circonvolutions pour toucher l'émotion, au contraire : il suffit de ce geste-là.

Les passages où Marius se promène dans la campagne, se baigne, lit, est troublé par une femme, sont parfaits : ils n'en font jamais trop, touchant la sève de ce qui fait ces moments-là, entre la nostalgie de l'auteur mûr et la sensation directe. Longtemps qu'on n'avait pas parlé de sexe et d'amour aussi bien, et de cet état d'adolescence curieuse de tout, prête à toutes les expériences, aussi simplement. Mais ce qui force encore plus le respect, ce sont les pages sur les matchs de tennis : André en restitue toute la force, avec ses hésitations, ses espoirs, ses moments de bravoure. Dans la longueur, techniquement, il décrit ces matchs, le grignotage des scores, les états mentaux du joueur, les pièges et les découragements, les craintes et les abandons, et c'est passionnant. Parce que la dramaturgie du tennis épouse l'émancipation de Marius, encore une fois le plus simplement du monde, sans rien souligner. Marius pratique le tennis presque nonchalamment, et ces matchs font partie des événements de son été au même titre qu'une baignade ou une fête avec ses potes. Ils sont pourtant le pivot du livre, autour desquels il s'articule. On referme L'Avantage avec ce sentiment très troublant d'avoir côtoyé un être de chair et d'os, le temps d'une saison, le temps d'une tranche de vie sans gros drame mais sûrement décisive pour ce garçon. Vrai beau roman touchant et superbement écrit : révérences.