vlcsnap-2021-01-20-13h38m56s236

vlcsnap-2021-01-20-13h40m53s403

Indéniablement, sur ces cinq ans de durée de tournage, Lifshitz parvient à capter quelques-unes de ces particularités continuellement "in progress" de l'adolescence : un âge de rébellion (contre la famille, la mère ici en particulier - les deux pères des jeunes filles étant pour le moins discrets...), de formation (le temps qu'on passe à l'école, mazette), de réflexion (en route vers la joie de l'avenir professionnel), de doutes, de doutes et de doutes... Deux amies, au départ (et aussi à la fin - l'aventure universitaire de l'une et de l'autre restant à venir) : une certaine Anaïs de la classe moyenne inférieure, pourrait-on dire, et une certaine Emma de la classe moyenne moyenne ; deux donzelles dont on va suivre l'évolution entre leur treize et leur dix-huit ans à vue de nez. Chacune a son tempérament, ses facilités (Emma, relativement solitaire, semble plus douée pour les études et possède un filet de voix (elle chante, la bougresse) pour le moins intéressant ; Anaïs, plus généreuse, plus sociale, semble plus douée pour s'occuper des autres, enfants ou personnes âgées), ses envies de liberté : la personne qui, à chaque fois, fait les frais de leur "vindicte", c'est leurs mères respectives ; si dès le début de l'adolescence, les clashs entre Emma et sa mère sont immédiats (la chtite a sa tête de mule, la mère est casse-couille), les relations entre Anaïs et la sienne sont certes un peu plus feutrées ; seulement voilà, les tendances un brin dépressives de la mère et un reste de famille (beau-père et frères) pas vraiment olé-olé, donnent également à notre adolescente rondelette quelques occasions pour s'emporter (Et qui se préoccupe de moi, hein ? Ce si beau refrain de l'ado qui veut aussi qu'on le laisse tranquille). Au cours de ces cinq ans, concentrés ici en deux heures, on pourrait tenter la formule suivante : pendant que l'une s'affirme (Anaïs), l'autre s'affine (dans ses goûts, dans ses choix).

vlcsnap-2021-01-20-13h42m14s966

vlcsnap-2021-01-20-13h39m33s877

Il est clair que dès le départ deux petites choses sautent au visage : un, on aura droit à un bon condensé du langage de djeun's (genre, je suis choqué), deux, nom de dieu que ces deux gamines ont des têtes à claque - pardon, c'est du caractère, courage alors amis parents un tantinet dépassés dès le départ... Progressivement, malgré tout on s'attacherait presque à ces deux chtites, chacune tentant de submerger leurs échecs (scolaires et "amoureux", en particulier, pour Anaïs) ou leur crainte (Emma est celle qui semble, finalement et paradoxalement, avoir le moins confiance en elle) avec leurs propres armes. On les suit au cours des petits aléas de la vie, macro (les attentats) ou micro (c'est toujours chiant quand sa maison prend feu), tentant de faire face à différentes "épreuves" (du brevet au bac), la plus dure étant sûrement pour elles deux de se coltiner leurs parents (Emma et sa mère, c'est le pétard assuré en cinq secondes chrono). On entre très facilement dans l'intimité de ces deux donzelles en formation et ce sans que Lifshitz n'ait besoin de les suivre 24h/24 ; on sent qu'il a su intelligemment espacer les rendez-vous et qu'il n'a pas cherché à traquer la moindre petite bête ou fêlure ; il sait se contenter de quelques instants dans la vie des demoiselles (à l'école, avec leurs ami(e)s, avec leurs parents, dans leurs activités) et parvient à joliment rendre l'évolution de ces adolescentes : cash avec leurs parents, tremblantes aux moments des examens, déterminées au moment opportun dans leur choix. Les deux heures passent en un rien de temps, sans que Lifshitz ait particulièrement besoin de scénariser ou de dramatiser à l'excès la chose. Beau doc au final qui capte autant l'air du temps que cette ère non tempérée qu'est l'adolescence.   (Shang - 20/01/21)


Capture d%u2019écran 2020-02-12 à 17

Tout est dit par mon compère : c'est du bon travail patient et intelligent, qui s'intéresse profondément à ses personnages, qui ne juge pas et ne nous dit pas ce qu'on doit penser. Soit à peu près l'inverse de Petite Fille, l'autre film de Lifshitz qui m'avait pas mal énervé. Cette fois-ci il semble avoir trouvé la distance juste, le ton parfait pour rendre compte de cet ardu passage de l'adolescence : ses deux héroïnes sont parfaites parce qu'elles sont ordinaires. La vie passe, avec ses petits soucis et ses gros chagrins, ses doutes et ses joies, ses fiertés et ses passages pas très glorieux, et on voit très bien en deux heures de temps à la fois le caractère des bougresses et leur évolution de l'enfance à l'âge adulte, des gamineries aux prises de responsabilité. Une sorte d'accéléré de l'adolescence, quoi, qui prend toute sa puissance du fait même de cette accélération : c'est super dur d'être un ado, et pour les gosses eux-mêmes et pour leurs parents (il est vrai bien pénibles dans le cas qui nous intéresse : entre la mère démissionnaire qui se réfugie dans la dépression et qui chouine quand sa fille quitte le foyer, et celle qui surjoue l'autorité, nos pauvres gamines ne sont pas sorties de leur complexe d'Oedipe), et Lifshitz rend compte avec subtilité de la chose. Il ne choisit effectivement pas forcément que les moments-clés de ces deux vies (le bac, les amoureux, la recherche du job, les disputes), mais monte aussi des moments plus contemplatifs, plus calmes, plus discrets, qui montrent simplement ces deux gamines grandir et se frotter au monde qui les entoure, avec les interrogations, les jugements hâtifs, et aussi la pertinence de leur âge. Quelque chose m'empêche encore un peu d'adhérer complètement aux films du gars, même si celui-ci est réussi : un côté programmatique dans son cinéma, une façon de nous dire "je vais vous montrer les choses, et tout ce qu'il y a à dire sur les choses", un côté professoral, quoi, qui m'énerve un peu et m'empêche d'aimer vraiment ça. Mais allez, je reconnais : voilà un film touchant et mesuré.   (Gols - 13/02/21)

Ado-5