9782072928963,0-7002536Les Orages confirme tout le bien que je pensais déjà de Sylvain Prudhomme, écrivain discret et subtil qui continue à tracer sa voie dans la recherche de la plus grande intimité. Cette fois-ci c'est dans la forme courte qu'il s'exprime : 13 textes minutieux et lumineux constitue ce recueil très cohérent, textes qu'on dirait issus d'un même jet tant ils sont sur le même modèle de sensibilité. Dans ces nouvelles, il n'est pas question de grand chose. C'est même quand Prudhomme veut désespérément faire sens qu'il produit les textes les plus faibles : "Awa Beauté", par exemple, qui veut à tout prix raconter en quelques pages les espoirs puis le désarroi d'une pauvre Africaine confrontée au cancer de son frère ; ou "La Tombe", histoire fantastique autour d'un type qui aperçoit sur sa propre pierre tombale la date de sa mort. Dans ces moments-là, Prudhomme tombe dans les clichés de la narration, dans un suspense un peu pété, dans une morale un peu inoffensive. Mais quand il se laisse aller à la simple description d'un état, d'une émotion, il sait bouleverser durablement : la faute à une écriture très précise mais comme effacée, à une manière bien à lui de rythmer les phrases, enchaînant les phrases courtes et punchy avec des phrases plus longues, mélancoliques et subtiles ; la faute surtout à un choix de sujets vraiment infiniment petits. C'est par exemple un dernier tour dans son appartement opéré par un homme qui vient de vendre, et qui se remémore ce qui lui est arrivé dans ces pièces, vrai beau texte sur les souvenirs, sur les traces qu'on laisse (ou pas) ; c'est la description de l'angoisse forcenée d'un père veillant sur son bébé malade dans une petite chambre d'hôpital, variation sur la fragilité de la vie, sur les petites choses qui créent l'espoir ; c'est une femme qui profite des derniers instants de ses vacances pour un bain de mer purificateur, poème sur la joie d'être dans l'instant présent ; c’est un fou-rire échangé avec un père qui commence à sucrer les fraises, instant suspendu et intense ; c'est (le plus beau texte) une petite vieille qui se penche quelques secondes sur le caveau qui va accueillir le corps de son mari, manière toute simple de parler de la confrontation à la mort et au vide. Prudhomme, dans ces textes-là n'a pas son pareil pour mettre des mots justes et simples sur un nuage de sensation, sur une abstraction, sur un minuscule sentiment, développant une douce mélancolie qui fait des merveilles. Il offre un livre fragile et friable, sur le fil, qui tombe parfois dans le sentimentalisme lourdaud, mais qui sait la plupart du temps se tenir sur le fil des plus ténus des sentiments. Ce qui n'est pas si facile à rendre, ma foi. Très joli livre.