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Voilà un film estampillé eighties dans tous ses excès et adapté d'un roman de Joyce Carol Oates beaucoup plus tortin qu'il en a l'air. Remis prochainement au goût du jour par la collection Criterion, cela nous permet, après Kyle McLachlan, de retrouver la toute jeunette Laura Dern dans un rôle qu'elle mit un certain temps à "digérer" (j'y reviens). Au départ, on se demande tout de même dans quoi on s'est embringué, semblant plonger dans un film d'adolescence ricain comme, influencé par le dieu de l'époque Spielberg et confrères, il devait s'en produire des dizaines à l'époque : soit donc la jeunette Laura Dern en pleine poussée adolescente, ricanant et parlant fort dans les malls avec deux de ses copines guère plus fute-futes, s'habillant de façon un rien osée pour son âge, se maquillant et se rebellant "forcément" contre sa mère (the crise mère-fille) et même contre sa sœur, fille modèle encore dans les jupons des parents. Laura Dern, déjà belle plante, possède des petits tics de jeu que l'on retrouvera avec plaisirplus tard, telle cette bouche tordue unique en son genre pour signifier l'horreur ou le dégoût, ou encore cette façon de se passer la main dans les cheveux l'air de rien mais avec un charme fatal. Laura n'a pas la langue dans sa poche et n'est pas la dernière à zyeuter les garçons - et leur petit cul, allons donc. Elle est concon, un peu cruche, dispo, elle chopera forcément le premier gars un peu plus âgé qui osera l'aborder et l'emballer... Bref, on ajoute à cela une musique, avec ou sans paroles, sirupeuse à souhait et on se dit, ne serait-ce la présence lumineuse de Dern, qu'on est parti dans une galère du samedi soir en plein début de semaine...

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Et puis, et puis, le ton se fait beaucoup plus vicieux que cela dans son dernier tiers... Dern s'accroche une énième fois avec sa mère et décide de bouder le barbec du dimanche avec la famille - classique... Elle erre seule dans la baraque, s'emmerde, fantasme (ce méchant désir d'émancipation, de liberté...), peut-être, sans doute, quoique... le fait est que débarque chez elle une bagnole conduite par un type entre deux âges, un genre de marlou qui l'avait déjà croisée plus tôt et pointée du doigt. Elle rêve, la Laura, ou elle cauchemarde ? Le type, mariole au possible, fait son numéro de drague basique (le "papa" à deux balles) mais a également tôt fait de se transformer en grand méchant loup : plus il s'approche de la maison, plus il parle crument, plus le petit cochon Laura se réfugie derrière les briques... Elle n'espérait sans doute que « cela » quand elle était seule et maintenant qu'une telle chose arrive, c'est franchement la panique (le propre du fantasme destiné à rester fantasme...). Le pire c'est que le grand méchant loup risque de ne pas avoir besoin de détruire la maison pour avoir sa proie : son simple bagou devrait suffire à attirer la belle, effrayée elle-même de se retrouver dans une telle posture (elle pleure sa mère mais la petite cochonne semble peu à peu céder à l'appel du bois...)... Cette drague directe, vicieuse, visqueuse, malsaine met mal à l'aise et l'ellipse qui suit est d’autant plus terrible (Laura et le type partent en bagnole, plan sur la bagnole vide au milieu des champs...) : il est clair que la Laura n'a pu que passer à la casserole et ce contre son gré (elle s'est révélée suffisamment sainte-nitouche et précautionneuse par le passé...) ; elle se prend en pleine face les petites leçons de sa mère qu'elle tournait pourtant en dérision... Chronique d'un viol annoncé qui laissera notre héroïne hagarde, perdue, un poil dans le déni face à sa sœur (le fantasme a tourné au cauchemar, mais elle n'ose l'avouer, le reconnaître - comme si elle était restée dans le fantasme, ce qui est aussi possible en un sens...). Il faudra une trentaine d'années (sorry, je suis tombé en chemin sur un bout d'interview de Dern) pour que celle-ci admette que ce film pourrait bien être en effet l'histoire d'un viol (à l'époque, elle disait simplement que la jeune fille était partie en balade) : comme si son personnage de fiction tout comme l'actrice Dern s'était refusée de voir la vérité en face - problème terrible, justement, des victimes de viol qui mettent des années avant d'oser dénoncer les faits , ce qui est pour le moins troublant. Le film prend du coup une teinte beaucoup plus trouble qu'il en a l'air... Ajoutez à cela une petite chanson de James Taylor qui marque des points (jolie parallèle entre une Laura qui s'éclate et sa mère, dans une autre pièce, qui tente de se trémousser sur le même air : le début d'un cycle pour l'une, la fin d'un règne pour l'autre)  et force sera de reconnaître que cette œuvre de Chopa est sans doute bien moins niaise qu'elle en avait l'air de prime abord. Un smooth-wolf talk full of vice. A redécouvrir à l'ère Metoo. You too.

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