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Jang a dû voir l'intégralité des films noirs de l'histoire du cinéma, et en particulier ceux de sa Corée natale, pour en régurgiter ce gloubi-boulga aux airs de compilation bordélique. C'est bien de vouloir faire du suspense à tiroir, je ne dis pas ; mais là, au bout de trois minutes, on tique sévère devant ces acrobaties scénaristiques improbables, et on devient vite complètement indifférent face à cet amnésique paranoïaque somnambule assassin hypnotisé (oui, tout ça) et à son histoire compliquée jusqu'à l'absurde... Le truc enchâsse coups de théâtre sur coups de théâtre, et au bout d'un moment c'est trop : on a juste envie que le héros périsse et qu'on en finisse. La surenchère n'a pas que du bon. Résumons quand même le sympathique pitch de départ : une famille modèle emmènage dans une nouvelle maison. Les deux fils s'entendent à merveille, semblent ne cacher aucun secret, mais l'aïné se fait brusquement enlever sous les yeux du cadet... pour réapparaître comme s'il ne s'était rien passé 20 jours après. Dès lors, une série d'événements bizarres se déroulent, mettant en doute l'identité du frère, puis des parents, puis du héros lui-même, jusqu'à nous entraîner dans une série de coups d'éclat (environ un toutes les minutes) très fatigants. Le gros problème du film, c'est qu'il est fait par un incompétent, qui ne se pose jamais la moindre question esthétique sur ce qu'il est en train de filmer. Par exemple, au niveau du point de vue : la caméra nous ballade entre le regard du héros, puis une sorte de regard omniscient du cinéaste, puis le regard des parents, puis celui du frère, tout ça souvent au sein d'une même scène, d'un plan à l'autre. Du coup, on ne sait jamais "d'où" on nous parle, l'identification est impossible, la grammaire du film est sens dessus-dessous, et on ne vibre jamais devant les dangers que doit affronter notre Jin-seok. Jang n'a pas l'air de trouver qu'il y a là un gros problème, et s'il a vu beaucoup de films de suspense, il aurait dû aussi se demander à quoi ils tiennent. Ici, complètement asservi à son scénario tout bancal, il filme dans l'urgence, mêlant à son thriller ici des petits éléments d'horreur (une chambre à la Barbe-Bleue qui semble renfermer un fantôme), là des scènes d'action (répétitives et ennuyeuses), ailleurs des morceaux de romance sucrée (la fascination pour le héros envers son frère). C'est tout pourri.

KangHaneulinforgotten28201729scene01