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Un grand moment de sidération devant ce documentaire qui tente de retracer un désastre total : la création d'un festival en quelques semaines sur le site d'une île paradisiaque, et qui tourne au fiasco total face à l'incompétence, l'orgueil et les grosses arnaques d'une bande d'organisateurs drogués jusqu'aux yeux. Au départ, deux marlous bourrés de dollars et complètement asservis aux réseaux sociaux organisent une partie fine sur "l'île de Pablo Escobar" qu'ils ont plus ou moins acquise de façon artisanale : on réunit les plus beaux mannequins, on loue des yachts, l'alcool et la coke coulent à flot, on filme tout ça et hop on poste ça sur Instagram. Résultat : des millions de pouces bleus, ce qui va motiver nos deux escrocs à organiser un coup de poker : faire venir tous ces riches sur leur île à des prix exorbitants, faire venir les groupes de rap et de r'n'b les plus hype, organiser le confort parfait et créer le premier festival Fyre, qui devrait marquer l'histoire. C'est à partir de là que tout commence à partir en couille : les gusses font preuve d'une incompétence incroyable, mais restent persuadés que leur truc va avoir lieu, avec le festival de Woodstock comme référence. Plus la date approche, plus leurs collaborateurs se rongent les ongles : structures d'accueil inexistantes, rien à manger, les groupes de musique ne signent pas, pas d'électricité, hôtels de luxe remplacés par de pauvres tentes pas étanches, et par-dessus tout ça un orage terrible qui finit de nous rendre hilares devant le fiasco annoncé. Mais non, il faudra que le public débarque en masse sur l'île pour que les organisateurs reconnaissent l'échec, se fassent presque lyncher et partent se planquer sans bien sûr avoir payé les centaines de gens mobilisés pour l'événement.

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L'histoire du Fyre Festival est emblématique de notre monde moderne : énormément de moyens sur la pub pour fabriquer une enveloppe clinquante, et rien dedans. L'événement est organisé sur Facebook, inexistant dans la vraie vie, et les mannequins, rappeurs et autres jeunes richards qui s'y impliquent ne se rendent pas compte de la chose, tant ils sont convaincus que le nombre de "j'aime" justifie leur compétence. Au départ, on pense que ce Billy McFarland, le directeur, est juste un adolescent bourré de fric inconscient des modalités de la vie ; mais on se rend compte petit à petit qu'on a là un véritable escroc, nombriliste et déconnecté des réalités. Ce qui reste hilarant dans ce fim, c'est que ce sont les riches nantis qui pâtissent de la chose, et que ça fait du bien de les voir en prendre plein la tête, façon théâtre de Guignol : il faut les voir lever les yeux au ciel devant le fameux jet privé promis, et qui n'est en fait qu'un coucou ; ou manquer de s'évanouir à la vue des tentes trempées qu'on leur propose pour la nuit. Mais le rire s'étrangle face à cette chargée des cuisines débordée qui a tout perdu dans la bataille, opposée à ces branle-manette en train de fomenter un autre coup pendable. Le film s'attache longtemps sur ces pauvers autochtones engages pour bosser jour et nuit pour ces riches, et jamais payés. Et on se dit que, oui, la place de McFarland est sûrement en prison, histoire de lui faire comprendre que les dollars ne justifient pas tout. En tout cas, on est sans cese partagé enre hilarité et consternation devant ce massacre intégrale que fut l'organisation de ce festival. Assez classique, le docu de Smith raconte simplement les choses, montre les carences de notre monde hyper-connecté, et joue habilement du suspense en nous faisant attendre la date fatidique du début du Fyre. Un film très pertinent, qui n'en fait pas trop et évite la moquerie facile. Fascinant.

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