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Bien agréable, ce petit western de série, qui nous montre un George Sherman en pleine liberté et se permettant des audaces qui lui feront parfois défaut par la suite. Ce film fait partie d'une série à petit budget, et le gars parvient à détourner le manque de moyens et à servir une petite heure de bagarres échevelées, de cavalcades tonituantes, de plongeons dans des lacs et de fusillades dans les montagnes qui réchauffent les yeux. Le scénario importe peu : il s'agit ici d'en donner pour leur argent aux spectateurs et de les faire patienter avant le grand film. C'est chose amplement faite. C'est John Wayne qui est en charge du boulot, accompagné pour l'occasion par deux faire-valoir (Ray Corrigan et Raymond Hatton), et on peut dire qu'il se démène. Le film est rempli jusqu'au rebord de morceaux de bravoure, de cascades pas possibles et de coups d'éclat, que l'athlétique acteur à la démarche de loup boîteux accomplit sans broncher. Il joue ici un brave cow-boy chargé à la fois de prendre un jeune chien fou de la région sous sa protection et de mettre fin aux sombres agissements d'un nanti qui spolie la population. Un rôle de gentil, bien sûr, mais sur les pieds duquel il ne faut pas marcher : ça cogne sévère si on l'énerve, le mobilier en carton des saloons virevolte, j'aime autant vous le dire. Sherman dessine étrangement ce personnage de justicier au grand coeur : il passe la majeure partie de son temps à cheval à tenter de rattrapper le chaos qu'il a lui-même contribué à déclencher, et il a peu d'occasion de faire montre de son héroïsme.

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Wyoming Outlaw est original par bien des points. Le plus étonnant étant qu'il se déroule après la Première Guerre mondiale, et que la modernité vient petit à petit polluer l'univers fantasmatique du western. Les voitures roulent au milieu des chevaux, et les reporters viennent commenter façon match de base-ball les fusillades, curieux mélange. Au milieu des événements et des bagarres, très nombreux, une sorte d'esprit à la Steinbeck se fait jour : on est en pleine crise économique et le chômage, l'expropriation, la pauvreté sont devenus soucis plus importants que les règlements de compte et les transports de boeufs de jadis. Sherman évoque discrètement ce contexte, et filme souvent ces cow-boys comme des Mohicans appartenant à l'ancien monde. Mais plus que tout ça, c'est le sens impeccable du cadre qui frappe dans cette production à laquelle on n'en demandait sûrement pas tant : Sherman place sa caméra aux bons endroits, souvent très loin pour filmer des cow-boys encerclés ou un homme isolé face à une horde de tueurs, en plongée pour montrer un homme qui saute dans la rivière ou la capture d'un daim (pas manchot, le gars au lasso), en contre-plongée pour filmer les beaux ciels du Wyoming et ce paysage aride. Le comble, c'est que ça se termine même pas très bien, la justice sociale y est certes, mais un des héros de la chose, hors la loi malgré lui et parce qu'il le faut bien pour survivre; tombe sous les balles. Bref, du plaisir qui ne mange pas de pain.

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