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Un petit maître que ce Sergio Sollima, qui continue à me plaire même si l'éblouissement est loin. Il n'y a rien de génial dans Le Dernier Face à face, on s'y ennuie même plus souvent qu'à son tour, le rythme y est trop lent et les personnages secondaires caricaturaux, mais ce western a indéniablement du chien, un sens de l'épique, un souffle qui font oublier les réserves. Ça fonctionne comme souvent dans le western-spaghetti sur une dualité entre deux hommes : à ma gauche Brett Fletcher (Gian Maria Volontè), enseignant, taillé pour l"ouest comme moi pour le combat de sumo, intello et soufreteux ; à ma droite, Solomon "Beauregard" Bennet (Tomás Milian), bandit à la gâchette rapide, dernier représentant de "La Horde sauvage". Le second prend le premier en otage lors d'une rixe et voilà nos deux compères embarqués pour deux heures de film intrépide, où la manipulation et les revirements de personnalité seront les mots d'ordre. Car, à force de coups d'éclat, Fletcher parvient à gagner la confiance de Beauregard et devient le véritable cerveau de la bande. Quand le hors-la-loi veut y aller en force, lui prône plutôt la ruse et la finesse... et ça marche.. peu à peu, le jeu de pouvoir s'inverse et l'intello manche du début se transforme en véritable despote ivre de son pouvoir et d'or, et menace l'autorité du bad guy. Jusqu'aux trahisons finales qui feront parler la poudre.

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Malgré la violence du film et la somme d'événements qui s'y déroulent, Sollima y va tranquille pour raconter son histoire, développant un rythme un peu trop pépère qui ennuie pas mal. Le terme de spaghetti porte bien son nom, et on ne peut pas dire que le compère ait un sens de l'ellipse très développé. D'autant qu'on sait à peu près à l'avance tout ce qui va se passer, c'est le plaisir de ce genre de productions : on regarde donc paresseusement nos deux héros dézinguer de l'ennemi et dévaliser de la banque sans trop d'intérêt. Le suspense repose beaucoup plus sur la transformation psychologique de Volontè que sur les cadavres qui s'accumulent sur leur route. De ce côté-là, c'est réussi, et l'acteur parvient à donner une puissance à son personnage qui fait beaucoup pour le film. Heureusement, parce que face à lui, Milian est mauvais, affublé qui plus est d'une perruque ridicule et assez bourrin dans son personnage aux comportements souvent absurdes (le gars provoque en duel le professeur à n'importe quel moment...). Morricone y va un peu trop fort de ses notes tonitruantes pour cette fois, la réalisation rivalise de zooms acrobatiques et de plans hyper-courts, bref ce n'est pas tout à fait satisfaisant. Mais malgré tout, on suit la chose sans trop de déplaisir, assez charmé même par la scène centrale d'attaque de la banque, presque hitchcockienne dans son déroulement, et par le côté "pop" du film qui, dès son générique, ne cache pas son goût pour la modernité, les oppositions de couleurs primaires et les anachronismes. Alors bon, ne crachons pas dans la soupe et profitons de ce petit film sans éclat mais honnête.

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