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Sofia Coppola est de retour avec un film sans doute un peu moins bling-bling que d’habitude, plus en prise peut-être avec son temps (le petit côté féministe et post #MeToo incontournable), mais malheureusement toujours un peu fade. Cette histoire, il faut le dire, n'est pas bien méchante en soi : une jeune femme (Rashida Jones, moyenne) a fait un mariage heureux, a deux jolies et souriantes filles mais se retrouve soudainement en proie au doute : et si son mari, totalement absorbé par la boîte qu'il a créée, la trompait... Ne passe-t-il pas de plus en plus de temps en voyages, accompagné qu'il est par une assistante aux allures de petite bombe à retardement... Rashida espère trouver en son père (Bill Murray, 184 ans) un fidèle soutien ; Bill, qui, en son temps, abandonna femme et enfant pour refaire sa vie, saute sur l'occasion pour mener l'enquête et se rapprocher de sa fifille... L'issue sera-t-il douloureuse ou heureuse ?

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Le personnage joué par Rashida est plutôt terne, son mari toujours au top de la réussite relativement banal et il est clair que le principal intérêt de la chose est à trouver dans ce rôle interprété par la "légende" Bill Murray. Si son personnage est loin d'être sympathique, il est bien le seul qui apporte une touche de fantaisie dans cette œuvre pas si déplaisante à découvrir mais guère originale en soi. Murray virevolte entre légèreté et lourdeur : légèreté dans la forme, dans ses réparties, dans son humour pince sans rire, dans sa capacité à nouer des liens avec le commun des mortels, dans sa façon de surfer sur la vie avec une certaine philosophie... mais aussi lourdeur, dans le fond, dans son rapport aux femmes, dans son besoin de séduire, dans cette capacité à être obsédé par le moindre jupon qui passe, dans cette volonté de toujours servir le petit compliment qu’il faut pour avoir les faveurs de tout ce qui a un lien avec le sexe féminin - cette façon systématique de prendre une femme pour une proie éventuelle, n’est indéniablement pas à sa gloire. Bien. Coppola, la fifille, s'engage et règle quelques comptes de bon aloi avec la gente masculine. Soit. Le problème, c'est que sans Bill Murray, on se demande ce qui resterait franchement de ce film... Malgré son donjuanisme de pacotille, il est le seul à insuffler au bazar une pointe d'humour salvatrice, un soupçon d'originalité rigolote. Oui, on l'aura vite compris, son petit jeu d’un autre âge, d’un autre temps, risque au bout du compte de tomber à l'eau (bouhhh le mâle égoïste et possessif) ; mais heureusement qu'il est là, malgré tout, pour sortir toujours au besoin la petite répartie qui fait mouche… Sans lui, le film serait d'une tristesse absolue, pour ne pas dire sans intérêt aucun. Dans l'état, le film reste regardable, arrache même parfois quelques sourires et tout cela grâce au truculent Bill. A part ce personnage rock'n'roll, on tombe un peu, il faut le dire, sur une histoire aussi banale que deux glaçons au fond d’un verre.  (Shang - 25/10/20)

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Beaucoup plus client, pour ma part, de ce film certes pas prodigieux mais subtil et touchant. J'ai toujours été plus preneur de Sofia Coppola que mon collègue, et elle m'a une nouvelle fois cueilli avec cette petite variation en mineur autour des relations filiales, écrite avec une plume subtile et fine et filmée dans un écrin tout à fait glamour, qui ressemble bien à la réalisatrice, mais qui peut évoquer aussi les films tchekhoviens de Woody Allen. C'est d'ailleurs, comme chez lui, sur une enquête que repose le film : le père embarque sa fille pour une histoire d'adultère digne d'un Sherlock Holmes de bas étage (le matériel iconoclaste que le gars emporte partout dans sa traque), sauf que leurs motivations sont différentes. Celles de la fille : questionner sa vie de couple, son vieillissement, son pouvoir de séduction, retrouver l'élan après des années de mariage heureux mais guère excitant ; celles du père : s'amuser, rire, draguer, mettre du piment dans sa vie, et surtout passer quelques temps avec sa fille. Dans les creux du film (Murray qui murmure en réponse à la question de son chauffeur, "Je vous emmène où ?", "A la maison, bien sûr." ; la belle scène face à un tableau de Monet), on perçoit un caractère beaucoup moins uni que prévu : cet homme est seul malgré son bagoût, rongé de remords malgré son cynisme. Beau personnage que Murray interprète en variant un peu son fatigant numéro de Droopy : il est pétillant, gai, énergique, dandy, et tout ça cache de profondes fêlures. Le résultat de cette enquête : le bilan d'une vie, celle de la fille, qui a vieilli sans s'en rendre compe ("Qu'est-ce qui s'est passé ? tu savais rire avant", lui dit son père), celle du père qui rattrape des années de démission ; la supposée tromperie du mari n'est qu'un prétexte à un bilan beaucoup plus grave pour ces deux-là.

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On reconnaît la patte coppolesque dans chaque plan de ce film très glamour, très chic, très élégant, jusqu'au bling-bling dénoncé par Shang. Sa façon de filmer la ville, de ralentir le rythme au son de la musique de Phoenix, de balancer à la cool ses séquences jamais totalement hilarantes (on ne mange pas de ce pain-là quand on est une fille bien élevée) mais gentiment pince-sans-rire, sa direction d'acteurs presque inexpressive (bien aimé, pour ma part, Rashida Jones, THE femme ordinaire), sa lumière très sophistiquée, sa passion pour les détails chicoss qu'on pourrait trouver dans Vogue (le caviar, les suites d'hôtel, les limo...), tout ça montre que Sofia n'abandonne rien de son univers bourgeois et sophistiqué. Jusqu'à ce plan, , très symbolique de son cinéma : une larme de bourgeoise qui tombe au ralenti dans un cocktail hors de prix. Oui, ça peut énerver, mais qui sait aussi bien parler de l'ennui profond des nantis que cette cinéaste ? Il faut bien que quelqu'un s'y colle. Elle le fait avec beaucoup d'élégance, d'auto-dérision, de distance, et même si le film comporte quelques scènes en trop, même si elle réussit moins effectivement les scènes de couple que celles avec le père, même si elle préfère ce coup-ci faire dans le mineur et le pas grave, on ne peut qu'apprécier On the Rocks, un fim qu'on a envie de serrer dans ses bras.   (Gols - 01/11/20)

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