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Coup de coeur pour ce film tout en émotion, qui vient confirmer la bonne santé actuelle du cinéma brésilien. Dès le premier plan d'Irmã, on sent qu'on va avoir affaire à un regard original, sensible, et surtout, ce que j'aime particulièrement, aimant à raconter les choses avec des images directes, simples, à fleur de peau : deux fillettes sur lesquelles des images de galaxies lointaines et d'étoiles scintillantes sont projetées, dans une scène très longue, qui en dit déjà énormément sur la suite. On va être dans le portrait subtil mais frontal de deux soeurs, reliées par un fil invisible et solide, et dont l"univers mental est à cheval sur une innocence fleur bleue et l'affrontement de la dureté du monde. Ana et Julia sont en effet les héroïnes omniprésentes du film. Leur mère est mourante, elles entreprenennt donc d'aller retrouver leur père, dont elles se sont séparées et qui a refait sa vie sans elles. Un voyage placé sous le signe d'un mystérieux virus qui gagne les femmes du pays, retrouvées errant nues dans les rues, et de l'approche d'une comète de couleur rose qui menace de frapper la Terre. Ces deux bizarres motifs resteront en marge du récit, mais l'influenceront beaucoup, comme des images poétiques à la fois naïves et dérangeantes.

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C'est le portrait de ces deux gamines qui fascine. Soudées à la vie à la mort malgré leurs différences et l'endroit où elles sont dans leur vie (la plus grande en pleine émancipation, la plus jeune dans l'imitation et la demande de tendresse), elles traversent les épreuves de leurs vies en frondeuses discrètes, dans une posture volontaire. Véritables petites héroïnes doillonesques au comportement surprenant, elles portent sur leurs frêles épaules toute la profondeur du film, qui ne fait finalement que parler de ce fameux passage à l'âge adulte. Il le fait avec un sens de l'allégorie, du symbole remarquable, d'autant que ces allégories passent toujours par le visuel, par le sensitif. Le film décroche à maintes reprises de sa narration classique pour proposer des sortes de tableaux directs, chargés en émotions, en musiques, en idées visuelles. Si le film sait aussi quitter les voies de l'abstraction et montrer des scènes très bien écrites (et très bien jouées), c'est dans ce style-là, onirique, qu'il excelle. Les deux gamines se heurtent aux adultes, font avec ce qu'elles ont, vivent sans trop se soucier des autres, et prolongent doucement le lien solide qui les relie. Il y a des séquences magnifiques de danse, de drague, de baignade, de fuite, aussi simples que fortes, le tout appuyé par un rythme très lent, aux scènes étirées jusqu'à la simple contemplation. Lopes et Mazeto savent parfaitement observer avec respect et empathie la jeunesse, surtout celle un peu abandonnée de tous. Irmã est un récit d'émancipation direct, mais qui parle d'émancipation féminine, de règles, de sexe, de maturité avec une subtilité et une santé qui font plaisir à voir, une émotion de chaque instant. Et quand on termine sur ces deux gamines face au trou béant qui s'ouvre devant elles, la comète ayant plus ou moins éliminé tout l'univers qu'elles connaissaient autour d'elles, on revoit tout le film à l'aune de cette lecture d'émancipation, et on se dit que les cinéastes ont réussi un pari risqué. Incarné, poétique, sensible, joyeux, audacieux : une vraie réussite.

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