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Les voies du seigneur étant décidément impénétrables en cette année 2020, nous voici contre toute attente devenu spectateur privilégié du dernier Quentin Dupieux : l'histoire d'une mouche géante trouvée par deux branle-manette dans le coffre d'une voiture volée. Alors disons-le franchement, on est plus dans la veine ultra-barrée du Quentin que dans la veine méta-intellectuelle du Dupieux. Dès la première scène, on se plaque sur le visage un rictus de bon aloi devant ces personnages de beaufs, au vocabulaire limité à 33 mots et dix expressions, et surtout devant cette histoire qui ne peut qu'être amenée à partir en quenouille. On sent que Dupieux a eu une idée, « deux types un peu concons tombent sur une mouche géante », et s'est donné quatre heures pour écrire un scénar avec toute une série de mésaventures qui ne pouvaient arriver qu'à ces deux branquignoles : braquage de losers, kidnapping raté, gestion d'habitation merdique, opportunisme foireux... On se demande comment nos deux gars plus simplets que le nain parviendront à survivre tant leurs plans sont des plans à la con. Mais ils réussissent plus souvent qu’à leur tour le tour de force d’arriver à leur fin et on est forcément contents pour eux... Un film un peu creux, pour ne pas dire vide ? Alors, bon, je ne dirais pas que la morale va aussi loin que celle de Casablanca mais on va dire pour rester gentil que Dupieux tente de retomber sur ses six pattes de mouche sur le fil. On reste dans le grotesque, le burlesque, la parodie à la con, avec toujours un petit ton décalé qui ravira les fans (pour peu qu'ils soient bien lunés : c'est tout de même toujours un peu couillon dans le fond) et ennuiera les premiers de la classe. Taureau (... pour initiés seulement).

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Nos deux personnages principaux sont tellement à la ramasse qu'ils semblent voués à foutre en l'air chaque occasion : un type à de la thune (Bruno Lochet, Deschiens au poil long), ils le perdent de vue, ils ont une caravane, ils y mettent le feu, on les loge en se méprenant sur leur identité, ils se grillent... Mais attention, même s'ils sont cons comme des ballons, ils trouvent toujours des semi-stratégies pour survivre... Deux héros tellement pathétiques qu'on finirait presque par s'attacher à eux (aux innocents, on pardonne tout), des personnages secondaires qui foutent les boules (Adèle Exarchopoulos dans le second rôle of the year - là encore, il ne faut pas avoir peur du ridicule... mais pour peu qu'on aime les individus border-line, on est ici méchamment gâtés) et une mouche bien sympathique ma foi joliment animée... On ira pas jusqu'à dire qu'on se tape sur la cuisse toutes les cinq minutes mais on doit avouer qu'au rayon comique déjanté et imprévisible Dupieux fait le job ; le cinéaste nous sert un nouvel objet volant non identifié qui ne vole certes pas très haut mais dont la logique interne est tellement infernale qu'on ne peut que louer cette douce folie. Une gâterie à butiner bêtement mais sûrement.   (Shang - 08/10/20)

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Assez déçu pour ma part par ce cru 2020 (retardé). L'idée ressemble bien à du Dupieux, aucun doute, le déroulement aussi avec ces scènes comme privées de sève et drôles pour ça et ses personnages doux-dingues, les dialogues sont incontestablement de sa marque de fabrique ; mais c'est comme s'il se caricaturait lui-même, s'il poussait un peu trop loi les curseurs de son petit ton, et comme si les personnages, cherchant trop à faire rire, perdaient un peu de leur singularité. En tout cas, Mandibules est le film le plus ouvertement "comédie" de sa carrière, ne cherchant pas autre chose que le rire du public, et tant pis si on y perd dans tout ce qui fait le charme de ses autres films : le malaise, le mauvais goût, la violence jamais très loin du rire, la dinguerie qui peut se transformer en psychose. Ludig et Marsais, franchement pas les acteurs du siècle, campent ces deux imbéciles heureux avec conviction, mais on sent que ce sont les personnages les plus faibles de la filmographie de Dupieux : juste cons, ils ont du mal à gagner notre sympathie. Si la situation dans laquelle ls sont plongés (gérer cette mouche géante) est amusante et improbable, on aurait préféré que Dupieux aille au bout de cette idée (comme il l'a fait autrement plus brillamment avec Le Daim) ; là, elle n'est qu'un événement parmi d'autres, et le bougre pratique la digression avec un peu trop de laisser-aller. Le personnage de Exarchopoulos est finalement bien plus intéressant que cette histoire de dressage de mouche, et la comédienne est vraiment étonnante dans le rôle : voilà une vraie fêlée qui amène du soufre (elle hurle comme une damnée suite à un handicap), là où le couple central ne déclenche que des sourires convenus. On trouve par contre un peu inutile qu'il soit allé chercher Roméo Elvis pour un rôle aussi fadasse. On espère que ce cycle "gros comique" passé (on est dans la veine de Au Poste également), Dupieux va se relever et nous proposer quelque chose de vraiment nouveau. On n'aurait jamais pensé que la fadeur pouvait faire partie de son travail.   (Gols - 26/03/21)

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