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Si vous aimez les vieux, les cerveaux liquides, Parkinson, Alzheimer, les vieux, je disais quoi déjà ? Ah les vieux, les liquidités... Je sais, il n'est pas de bon ton de se moquer des troubles de la mémoire et vu les problèmes à nos âges de mi-centenaires, on ferait surement mieux de la jouer profil bas... Seulement ici, pour ces personnes (d'origine juive au demeurant) regroupés dans cet immeuble de Toronto, Alzheimer fait malheureusement partie du quotidien - et King filme cela dans la durée, dans la répétition aussi, au plus près de ces vieux qui semblent pour certains avoir gardé toute leur tête mais qui se retrouvent trahis plus souvent qu'à leur tour par cette maudite mémoire. L'épisode sans doute le plus terrible est celui où cette pauvre femme attachée à un certain Max oublie chaque jour qu'il est mort. Comment cela, personne ne m'a prévenue qu'il était tombé et qu’il était mort, si on vous l'a dit il y a trois jours, Max, il est mort ?, oui, oh mon Dieu, ah ben tiens hier soir j'ai rêvé que Max était mort, eh bien oui il est mort il y a une semaine, comment ça et personne ne me l'a dit, si, ne me dites pas que Max est mort, si il y a deux semaines... C'est ce qu'on peut appeler un chagrin infini, une putain de malédiction digne d'un jour sans fin... On se dit que la meilleure chose serait encore qu'elle oublie... Ce qu'elle a d'ailleurs déjà fait, apprend-on par la suite, puisque c'était aussi le nom de son mari : Max, mon mari, ah, non je ne pense plus du tout à lui avoue-t-elle à sa propre fille effarée – tout comme cette vieille totalement incapable de se rappeler l’homme qui partagea sa vie pendant 37 ans, au grand dépit là encore des enfants (il y a une issue de secours pour les indécrottables romantiques coincés dans le passé). Ah c'est dur cette vieillesse, filmée ici dans toute sa déliquescence, avec cette vieille furax qui se rebelle en jurons et en gestes (still alive and kicking...), avec cette vieille qui pleure parce que son fils l'a abandonné, avec cette même vieille excité comme une puce parce que son fils lui offre un peigne, avec cette pauvre dame qui aimerait encore se rendre utile, avec ce pauvre vieux qui croit encore à son charme, avec cette pauvre vieille qui n'a plus qu’une envie, celle d'en finir, n'ayant même plus la foi de s'alimenter...

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Dis comme cela, on comprend qu'il faut prendre des forces avant de s'enfoncer dans ces couloirs de la vieillesse pendant deux heures. Mais rendons grâce à King de filmer la chose sans jamais chercher à s'appesantir lourdement sur ces oublis et cette détresse. Il alterne les moments "forts" - lorsque ces vieilles se confient à des oreilles disponibles (rarement les proches qui viennent en visite et dont l'on sent souvent le sourire un peu contrit - bon, on doit y aller là) - et les moments plus creux, plus rugueux, ces chagrins de vieux, ces colères, cette solitude terrible, ce sentiment effrayant d'abandon qui reste bien la seule chose que ces personnes ne parviennent pas à oublier... C'est pas toujours évident de ne pas serrer des fesses lorsque ces vieux perdent la boussole mais il y a heureusement des témoignages plus gais, de solidarité, d'entraide, d'empathie, d'amitié, voire d'amour - il n'y a pas d'amour moisi disait le poète, ne me demandez pas lequel. On reste dans du documentaire frontal où la caméra tente habilement, autant que faire se peut, de se faire oublier (ce qui n'est pas toujours facile avec certains vieux coquets) et devant des témoignages qui, certes, ne nous apprennent pas grand-chose de nouveau sur la sénilité, mais qui nous rappellent avec une bonne dose de pudeur ce qui nous attend au coin du bois. Max, il est mort ? Mais même avec ce cas qui paraissait désespéré, King parvient sur le fil à apporter une petite louche d'espoir. Nice memory, definitely. Hâte de voir le précédent docu de King sur les derniers jours de cancereux - quoi ?

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