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Une ambiance à la Moulin de Pologne dans ce village où la duplicité de l'institutrice Jeanne Moreau (diabolique) fait des ravages. Sur une histoire de Jean Genet, un scénar de Duras (eh oui), Tony Richardson livre un film très noir porté par la sublime photographie, très contrastée (un noir et blanc de nuit à tomber), de l'excellent David Watkin (ah les chef-op anglais... dommage qu'il n'y ait pas leur égal en tant que cinéaste...). L'ambiance est sombre, comme larvée, dans ce village que mène à la baguette, mais dans l'ombre, la bougresse Jeanne. Dès l'ouverture, l'institutrice provoque une inondation dans une ferme et l'on comprend vite qu'elle n'en est pas à son coup d'essai au niveau des tours de cochon ; divers incendies font bruler la paille des granges et provoquent la panique au cours de la nuit. La coupable, c'est encore elle ! Mais pourquoi est-elle si méchante, cet instit au regard si doux et à l'air si revêche ?... Richardson plantera un long flash-back au milieu du film pour montrer toute l'ambiguïté de cette jeune femme bipolaire, frustrée, vengeresse ; elle fantasme dangereusement sur un bucheron italien venu s'installer en ville avec son fils et l'on ne sait trop si elle en est follement amoureuse, follement jalouse (les femmes se l'arrachent), ou s’il est simplement follement folle... Le moins qu'on puisse dire, c'est que la bougresse va mettre le feu à tous les étages dans ce paisible village et provoquer des ravages autant matériels qu’humains...

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Il y a cette figure trouble, hors norme, imprévisible, solitaire de notre Moreau, et puis il y a aussi cette sale mentalité de village qui, dès qu'il y a le moindre problème, cherche un bouc-émissaire. Et le bouc émissaire, quand il n’y a aucune preuve, il est tout trouvé : ce sera forcément, le dernier arrivé, l'étranger... Dès lors que les malheurs s'abattent sur nos fermes, les gars du coin lorgnent sur ce rital au physique un peu trop avenant, toujours dévoué pour aider les autres, trop bon pour être honnête. Moreau, habitée par le mal, met le feu aux poudres à une situation déjà tendue, profitant de ce côté bas du front de la population locale (la Corrèze, le Mordor à portée de main) pour agir à sa guise. La Jeanne ne jure dans sa classe que par Jeanne d'Arc sous ses faux airs de sainte mais est habitée par celui dont elle aime aussi parler pour faire peur aux petites nenfants : l'ogre Gilles de Rais. Il semble représenter également un parfait modèle pour l'ogresse Jeanne qui veut tout maîtriser, qui est prête à ramper pour l'obtenir et qui est surtout capable, dans un même mouvement, de détruire ce qui l’attire - comme s'il lui était impossible de faire preuve de faiblesse, de tomber amoureuse, d'avouer sa "soumission" envers un quelconque individu. Richardson, dans ce récit sublimé par l'image à l’encre noire, laisse une belle place aux silences, comme pour mieux installer une ambiance malsaine dans ce village : rien ne se sait, mais cela n'empêche point tout un chacun d'avoir sa petite idée sur les racines du mal. Très vite, on sent que cet Italien a mis le pied dans un lieu infernal où la secrète et discrète Jeanne règne en maître (des enfers). Le film peut sembler parfois un peu plombant, plombé qu’il est par cette atmosphère lourde mais il saisit aussi grâce à quelques scènes d'une beauté (du diable) flagrante. Noir comme la psyché de Jeanne, tendu comme un arc, un film campagnard au charme trouble et dérangeant.

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