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Toussaint nous revient en forme avec cet ouvrage qui mélange toujours aussi subtilement quelques données contemporaines (l'évolution et l'avenir de l'Europe, le Brexit, Trump, le volcan Eyjafjöll...) et l'histoire intime de son personnage principal, Jean Detrez, que l'on gardait forcément en mémoire depuis la lecture de La clé USB. Il sera donc question dans ce bouquin de Toussaint, qui connaît Bruxelles comme sa poche ainsi que les dessous de la Commission européenne, de prospective, de blocage de l'espace aérien européen (ne vous endormez pas) mais également d'histoires d'amour, passées, présentes et à venir ou encore de deuil... Si Toussaint, en brassant des notions pointues, lors notamment de ce fameux séminaire sur la prospective (où l’on débat des scénarii optimistes ou pessimistes concernant l'Europe à l'horizon 2030), parvient à nous rendre ce petit monde à la fois tangible et proche, il excelle dès qu'il dérive sur des parties plus "personnelles", plus humaines. Il y a bien évidemment l'enterrement de ce père dont il dresse un portrait mi-figue mi-raisin maintenant qu'il n'est plus (ses défauts, mais aussi ses faiblesses, ses valeurs, qu'il a su transmettre) ; Toussaint, au côté de son frère, de ses proches, nous conte dans le détail ce qu'il ressent au moment de la mort de cette figure hors-norme, des souvenirs affectifs, des critiques plus acerbes. C'est touchant, sincère, empreint d'une certaine objectivité, à fleur de peau. Mais on reconnaît volontiers que le Jean-Philippe nous passionne encore plus avec ses mésaventures féminines : de cette femme qui lui échappe à cette autre dont il se souvient à peine (comme si finalement le passé pouvait devenir rapidement aussi flou que peut l'être l'avenir), de cette seconde épouse qu'il quitte (la tension des derniers mois, quand même les corps ne se supportent plus) à cette première épouse qu'il retrouve (des instants pleins d'attention, de complicité muette, qui réchauffent diablement le cœur), Toussaint semble toujours trouver les mots justes pour nous faire toucher les doigts les travers d’une relation ou ses miracles... Et puis, cerise sur le gâteau, on aura droit au petit coup de foudre qui vient conclure de façon trépident ce second tome des aventures de Detrez... Un Detrez, les deux pieds solidement posés sur terre et dans cette administration européenne à laquelle il tente de donner une image moins bureaucratique, plus proche des gens, mais qui semble également particulièrement à l'aise dans l'art de la fuite, pour ne pas dire de la fugue ; si notre héros tente de nous rendre compte des affres du monde contemporain, de montrer qu’il tente de mettre sa petite main à la pâte, il paraît totalement revivre dès lors qu'il s'enfuit (la dernière partie du roman, joliment amenée) de ce brouhaha bordélique que constitue notre monde ; dès lors, Jacques, qu'il laisse ses instincts aux commandes, son petit monde émotionnel semble à nouveau accessible. Bien joli roman qui sous ses faux airs "prophétiques" et bureaucratiques sait faire la belle aux dangereuses et douces liaisons sentimentales.