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Ah les années 68, Dino de Laurentiis et ses budgets faramineux pour des scénarii si maigres, Michel Piccoli, le seul, le grand, Mario Bava et son art pour cadrer les femmes de façon sans doute parfois un peu tendancieuse... Ah ben oui, on ne s'attendait pas à une révolution cinématographique et philosophique avec ce genre de produit, juste une énième variation italo-ricaine d'un Fantomas beaucoup trop fort pour la police. C'est John Philip Law, sa coupe de Playmobil et son masque en latex découpé aux ciseaux, qui incarne cet intrépide Diabolik ; il est accompagné de la plantureuse Eva Kant (Marisa Mell, l'Autriche, son bon air) qui porte mieux son prénom (une feuille l'habille) que son nom (aucun lien ou bien rare). Pour déjouer les plans les plus redoutables de ce diabolique Diabolik, c'est Piccoli qui s'y colle : le pauvre est affublé d'un nom rampant (l'inspecteur Ginko) et d'un doublage barbare (terrible de ne pas entendre la voix et les ricanements du bon Michel... on ne peut pas tout avoir). Diabolik lui fera tous les tours pendards possibles : dérober l'argent de la banque, voler un collier d'émeraude inestimable, s'emparer d'un lingot d'or de plusieurs tonnes. Notre bandit a les moyens financiers, entre son loft géant dans une grotte, sa collection de Jaguar ou son bidule sous-marin pour tracter le lingot ; il a la forme physique : capable de monter une tour avec deux ventouses, de sauter en parachute ou de faire le mort pendant douze heures (je ne connaissais pas cette vieille pratique tibétaine : c'est imparable) ; et puis bien sûr, il a la donzelle, une assistante de choix, fidèle, à laquelle il passe son temps à rouler des galoches entre deux exploits (oui, c'est forcément un peu éreintant à la longue)... On va dans les airs, sur terre, en mer en tentant de faire toujours un peu plus fort (des explosions à la pelle) comme dans tout bon sous James Bond qui se respecte...

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On apprécie ce côté hautement coloré et très vintage, ces tenues féminines où les trous laissent peu de place aux mystères de l'anatomie, ce côté pugnace de Piccoli qui ne lâche rien et qui se fait pourtant blouser à chaque fois comme un bleu. Piccoli, disons-le, est bon joueur, et ne triomphe jamais, même lorsqu'il pense avoir capturé l'ennemi. C'est ce qu'on aime chez Michel, cet aspect pro sans fioritures ni euphorie excessive. Il est finalement un peu plus humain que ce héros qui partage, toujours avec les Playmobil, outre sa coupe, cette rigidité et cette absence totale d'humour... Bava prend son film d'action, cette petite bulle de savon entertaining, diablement au sérieux et si la facture est assez propre (on voit la thune à l'écran - sauf pour les écrans verts dégueulasses), le montage dynamique, les illogismes classiques (certains acteurs doivent être capables de se téléporter pour passer en une seconde de leur bureau au lieu de l'action – mais ne soyons pas caustique), les couleurs de ce comic animé chatoyantes, il est dommage que la chose ne flirte jamais avec la dérision (peut-être la toute fin, si on veut, avec ce golfinger statufié...) ou avec une touch d'humour (Bava n'est pas anglais, c'est clair ; il y a bien la séquence de gaz hilarant mais qui vire plus au grotesque qu’à la comédie… Tous les hommes politiques sont d’ailleurs juste grotesques, ce qui ne suffit pas pour dérider son spectateur). Bon, au final, c'est un gentil film dans son genre (action, érotisme de bon aloi, rythme soutenu) qui malheureusement ne le transcende point - beaucoup de moyens, vi, mais un petit manque d'originalité et de prise de risque dommageable. Michel, de toute façon, c'était encore pour toi, avec tes infinies facettes.

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