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Il nous fallait bien nous fendre d'un petit hommage à Bedos, tout de même, même si sa carrière cinématographique est celle d'un nain de jardin par rapport à Piccoli. L'occasion de nous replonger dans l'œuvre définitivement "hors des sentiers battus" de ce Guy Gilles. Il est ici question d'un tueur, commissionné, un jeune gars qui n'est pas allé chez le coiffeur depuis le début des années 70, qui descend froidement ses proies. Après avoir fait son affaire à Jean-Marie Proslier (on ne peut lui donner tort), il doit flinguer Delphine Seyrig... Il part donc en province avec son acolyte (taiseux), et rencontre « par hasard » l'un des amis de la Delphine (Sami Frey) dans un café ; nos deux jeunes gens "à la recherche d'un logement", se retrouvent invités (il est cool ce Sami) dans la maison des gardiens de la propriété de Delphine. La meilleure façon pour eux de tuer leur proie ? Pas si sûr parce que le charme vaporeux et infini de la Seyrig (en quête de chair fraîche) pourrait agir...

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Une trame qu'on pourrait qualifier de minime, pour ne pas dire de simpliste, l'essentiel étant forcément à trouver ailleurs. C'est un peu la collision de deux mondes : des jeunes gens fougueux, sans repère, sans espoir, un peu sans foi ni loi qui se retrouvent dans un cadre propice au calme et à la volupté. Si le taiseux reste à l'écart, notre tueur patenté, Karl (Patrick Jouané), est loin d'être totalement insensible aux attentions des uns et des autres - et surtout de la sereine Seyrig. Elle sort le grand jeu pour l'amener dans son lit et le Karl de s'y vautrer... Le film, assez étrangement monté (des petites saynètes, beaucoup de gros plans en insert ou de vues plus générales qui englobent la nature - comme si Gilles cherchait à casser une sorte de rythme...) nous donne son lot de scènes détonantes (Bedos, parfait pied noir, qui se lance dans un petit numéro sur ses origines et sa "philosophie" : chemise ouverte, hâbleur, la chaîne de ta mère autour du cou, il nous la fait à la papa ; Jeanne Moreau, elle, se lance dans un petit numéro chanté tout à fait charmant) et de séquences plus atmosphériques (une grande place est laissée à la nature dans ces cadres larges). Ça discutaille aussi pas mal, entre ces deux générations, nos deux tueurs semblant plus ou moins sensibles aux petits conseils de sagesse qui leur sont distillés... Pas facile tout de même de percer les attentes et le ressenti de nos deux jeunes gens : si Karl se prend peu à peu au petit jeu séducteur de la Seyrig, l'autre reste totalement froid à cette atmosphère détendue de province. L'issue de cette confrontation restera jusqu'au bout imprévisible… Si on apprécie cette construction relativement originale qui laisse la place "aux petits moments suspendus" en délaissant quelque peu la trame, on a aussi parfois un peu de mal à vraiment pénétrer cette histoire construite de façon un peu "lâche" - un petit manque de liant qui nous tient un peu à distance. Cette autre œuvre de Gilles demeure néanmoins suffisamment intrigante pour qu'on s'y penche avec plaisir, en se laissant doucettement aller à cette atmosphère de vacances tragique… Guy, hein, c’est pour toi…

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