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Je ne connaissais point cette version moderne de Manon Lescaut signé Clouzot ; eh bien c'est fait et m'en voilà guère plus ragaillardi. On pourrait, pour tenter de partir sur un bon pied, voir pourtant ici quelques choix judicieux : tout d'abord ce noir et blanc très contrasté que l'on doit à Armand Thirard est de toute beauté ; même dans les dernières séquences (surement d'ailleurs les plus réussies) tournées dans le désert marocain, on peut admirer cette mise en valeur du paysage, de la lumière et des cieux. Le second aspect assez intéressant est de situé l'action juste dans l'après-guerre : Desgrieux est un résistant qui fait faux bond à ses camarades pour suivre la diabolique Manon (sympathique petite scène dès le départ où elle se retrouve dans un confessionnal : elle passera sa vie à tenter de sa faire absoudre…) et Manon, dans ce monde de l’après-guerre en reconstruction, aura tout loisir de vendre ses charmes à des Ricains ou des richards sans scrupules ; de plus, Clouzot, lors de la fuite des amants, les embarque sur un bateau bourré de juifs en route vers la terre promise. Une idée comme une autre, pourquoi pas. Enfin, autre élément louable, ce long final dans le désert, ce terrible calvaire où Manon semble payer toutes ses fautes, est assez bien menée, ces infinies dunes et ce sable absorbant le corps de Manon faisant leur petit effet... En bonus, au rang des petites satisfactions, il y a la participation fugace de l'inamovible Robert Dalban, de Raymond Souplex dans un rôle de porc ou encore d'un tout jeune Michel Bouquet dans l'un de ses premiers rôles. Et Reggiani, aussi, plus goguenard que jamais en frérot de la Manon.

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Là où le bât blesse, c'est surtout du côté du couple phare : Cécile Aubry incarne une Manon aux traits mous, sans charme, une sorte de Marie-couche-toi-là qui ne donne aucun éclat à son personnage ; son amant, le mollusque Michel Auclair qui pardonne plus souvent qu'à son tour, enlève la dernière touche de glamour que ce couple bien terne aurait pu avoir ; les minauderies de la Cécile et le manque absolue de charisme du Michel (aussi crédible dans la scène de meurtre que moi en varappe) finissent par nous achever. Nos deux jeunots n'apportent absolument rien, elle n'étant jamais perfide, lui jamais convaincant ; Reggiani apporte heureusement un peu de verve et de perversité à leurs petits arrangements louches mais il ne suffit pas à faire décoller le film. Que dire de plus : on assiste à des scènes répétitives (elle le trompe cent fois, se prostituant dès qu'il a le dos tourné ; il se met en colère deux secondes avant de refondre - l'amour est aveugle, certes, mais semble ici surtout benêt), des scènes sans audace qui nous enlisent dans cette intrigue jamais percutante ou excitante... D'où une certaine satisfaction à les voir enfin en terre étrangère (traverser le désert avec des talons hauts c'est quand même partir perdant) dans ce chemin de croix un tantinet exotique qui va mettre "sèchement" fin à cette histoire d'amour sans amour. Une adaptation qui partait sans doute d'un bon principe mais on sent nos acteurs et notre Clouzot avoir bien du mal à transcender l'œuvre de notre bon abbé. Une tentative sans doute osée sur le papier, un résultat qui l'est beaucoup moins. Michetonne Manon.

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