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On a beau dire ce qu'on veut sur Antonioni, ses films restent d'une beauté formelle saisissante, soixante, cent, deux mille ans plus tard. Oui, c'est vrai que sur le fond, c'est toujours un peu plus coton, entre personnages désincarnés, amour impulsif, beauté des femmes et vide existentiel. On a toujours un peu de mal à adhérer à ces personnages qui semblent vouloir croire en l'amour sans être forcément capables d'aimer. Mais revenons à nos moutons. Sandro aime Léa Massari. Et Monica Vitti apparut. Et Léa disparut... Et Sandro se mit à suivre Monica : parce qu'il l'aime vraiment, parce que les femmes sont des aimants ?... Comme toujours chez Antonioni, les histoires sont des lignes très claires, très pures, mais il est parfois un peu difficile, au niveau du sens, de remplir les cases vides. On est en croisière, on navigue autour de cette île volcanique, on se tourne autour, il y a des flirts, des tensions, et la vie (et la nave) va sans que chacun semble vraiment se soucier du lendemain... Et puis il y a cette disparition, soudaine, inexplicable, mystérieuse, incompréhensible. On cherche, on cherche des coupables, on s'inquiète et puis l'image de Léa semble aussi rapidement quitter les esprits qu'elle a quitté le cadre. On se dit que le Sandro ne tarde pas à tourner la page. Et que la Monica aussi. Ils prétendent plus ou moins se lancer à sa poursuite, à sa recherche, mais cela n'est finalement qu'un prétexte pour que les deux amants que sont Sandro et Monica puissent vivre leur petite escapade amoureuse... Pour de vrai ou pour de faux ? Il est clair que ce Sandro, dès le départ, a plus l’allure d'un homme à femmes que celle d’un homme dévoué à une seule femme.

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On est sidéré dès le départ par la beauté de ce décor, sauvage, éternel, volcanique, archaïque, par cette facilité qu'à Antonioni à inscrire ses personnages dans ce décor, magnifiant les gros plans, soignant constamment les personnages au second, et, ne serait le trouble de cette disparition, on se croirait dans une sorte de rêve éveillé - avec des personnages relativement insouciants. Puis l'histoire se déplace sur terre, en milieu urbain, et là encore, comme le dit Sandro, on est frappé, notamment dans ce village sicilien, par la beauté éternelle des lieux, par la beauté de cette architecture, par la perfection de cet écrin alors même que ces êtres humains ont bien du mal, eux, à croire à la beauté de leur histoire. Sandro, à l'image de cette scène sur le quai d'une gare, court dans tous les sens du terme après Monica ; un peu finalement comme tous ses hommes siciliens qui, dès qu'ils voient une femme plutôt attrayante, ne la quittent plus des yeux, la suivent... Un désir prégnant, presque effrayant, tant l'on sent la concupiscence des mâles et leur incapacité à faire preuve d'un tant soit peu de mesure, de retenue, de sentiments... On se dit peut-être, que ce couple, qui semble comme hors du temps, peut finir par vivre quelque chose de fort, de charnel, de passionné... Mais pour la passion, il nous faudra une nouvelle fois déchanter : Sandro ne semble pas plus capable de s’éclater dans sa vie professionnelle (créatif, il se contente de faire des devis...) que de vivre pleinement sa vie sentimentale : il consomme les femmes sans être capable de se fixer, de trouver la femme de sa vie. Lorsque l'on voit cette pauvre Monica errer dans les couloirs vides de ce palace, dans ces lieux vidés d'êtres humains, avant de tomber sur un Sandro littéralement collé à une pouf, on se dit qu'elle ne pourra jamais lui pardonner une telle trahison... Puis elle le rejoint et son geste de compassion envers lui, qu'elle a d’ailleurs longtemps retenu, semble plus inspiré par la pitié que le pardon : elle donne plus l’impression de compatir avec son incapacité d'aimer (une sorte de miroir qu'il lui renvoie ?) que celle de chercher à le pardonner. Un geste tendre et triste à la fois dans un monde quelque peu désincarné, un monde où les sentiments semblent aussi facilement s'évaporer que cette pauvre Léa. C'est définitivement un grand film, sublimement beau quant à l'esthétique et superbement triste au niveau sentimental. Antonionesque par essence.

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