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Très beau petit mélodrame familiale que cet opus de Kinoshita qui nous fait passer des petites douceurs de la vie aux petites larmes d'icelle et vice-versa. En tête d'affiche l'excellentissime couple formé par Hideko Takamine et Keiji Sada, tous les deux absolument extraordinaires ici : sur le générique d'ouverture, l'ami Keiji revient de la guerre et court dans les bras de la douce Hideko qui était sur le chemin. Ces deux-là s'aiment, ont un fils, sont au bas de l'échelle sociale et vont tout faire, pendant une vingtaine d'années, pour rester souder et élever bon an mal an ce fils. Le film repose sur pas grand-chose, au niveau évènementiel, si ce n'est sur le quotidien de Keiji, cantonnier de son état, qu'il pleuve ou qu'il neige. On sent chaque goutte qui tombe sur son cou, chaque flocon, et notre homme est dur à l'ouvrage. Sa femme, au foyer, puis au fourneau et au thé, travaille pour un connard du village, sans jamais se plaindre. Les deux font front malgré un taff exigeant et épuisant. Alors oui, le gars Keiji, qui doit aussi s'occuper de ses parents, ou encore d'un ancien collègue alité, picole un peu, un peu trop même certains soirs, mais il a toujours la présence d'esprit de se remettre au taff le lendemain ; la boisson, comme seule petite échappatoire à cette vie un peu morne. En faisant un excès de temps en temps, en parvenant aussi souvent à s’en passer. Car sa femme le soutient tant et plus, et puis il y a ce gosse qui va devoir continuer ses études... Keiji a certes un petit coup de mou lorsqu'il recroise un amour de sa jeunesse ; il ira même jusqu'à lui rendre visite quand elle quittera le village. Mais il sait raison gardée et cette escapade ne donnera lieu à aucune crise, aucune remise en question ; il reviendra doucettement vers son Hideko, fidèle au poste... Plus tard, le gamin, vivant chichement à Tokyo, voudra renoncer à ses études. Mais là encore, le père saura trouver les mots pour le remotiver et le remettre sur le droit chemin...

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On est vraiment dans le récit minimaliste mais c'est tellement bien fait, tellement bourré de tact et de simplicité qu'on se laisse prendre comme une mouche du coche à cette histoire. Des larmes, du père, de la mère, du gamin, il y en aura pourtant, mais ces larmes n'ont jamais un goût amer ; on pleure pour marquer le coup et on se remet très vite en selle pour ne pas céder à la dépression. Le père et la mère sont durs au mal et les petits gestes d'attention qu'ils ont l'un envers l'autre sont toujours touchants, plein de légèreté. La vie suit son cours, certes, dans le labeur, mais quelques petits épisodes amènent leur source de joie et de plénitude : Keiji emmenant son collègue dans sa charrette pour profiter des cerisiers en fleurs sur la colline, le gamin (qui avouait, peu de temps avant, avoir un peu honte de ses parents) invitant ses parents à la cérémonie de rentrée, les libérant soudainement de leur complexe sociale (Keiji et Hideko, courant, se tenant par la main et franchissant les barrières pour entrer dans l'établissement scolaire), ou encore le gamin, sur le point de quitter Tokyo, annonçant, fataliste, la nouvelle à sa petite amie qui, elle, lui fait une déclaration d'amour relativement inattendue... Des petits moments qui font chaud au cœur et qui permettent d'oublier les multiples petites turpitudes de la vie, la pauvreté, la boisson tentatrice, la maladie, les accidents... Kinoshita a toujours cette facilité pour éviter le mélodrame (même quand les cinq membres de la famille pleurent en même temps... pas évident !) et pour faire surnager les petits moments de bonheur. La façon dont Hideko et Keiji se charrient et se taquinent donne une atmosphère absolument délicieuse à ce petit film sans prétention, donnant aux toutes petites choses du quotidien, de la vie, un charme immense. Un subtil travail d'un grand artisan du cinéma nippon.

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