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Adapté d'une histoire du gars Samuel Fuller (on va lui péter la tronche aussi à cette odyssée Fuller, le confinement aura fait des victimes), film auquel il n'aurait que peu participer au niveau du tournage, The Deadly Trackers n'est pas le nanar que je craignais. De l'acteur, du scénar, des moyens, il y a, on a déjà vu pire comme produit de seconde zone. L'histoire, quant à elle, est on ne peut plus classique et propre au genre : un shérif se fait dézinguer sa femme et son fils, et décide de traquer les malfrats, en particulier le chef du gang, jusqu'aux confins du Mexique. Bien. Mais derrière cette surface basique, il y a plusieurs aspects qui méritent d'être ici discutés ; je vous invite donc à prendre votre pipe et à vous asseoir avec moi au coin de la cheminée virtuelle.

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On pourrait commencer gentiment avec une petite intro sur les acteurs, histoire de s'échauffer : Sean Kilpatrick (Richard Haris) est un shérif irlandais, coiffé comme un épagneul breton, et son allure est une invitation sur deux pattes à rejoindre 30 millions d'ami. Il n’a pas l'air bien méchant, mais un épagneul qui a la rage peut aussi s'avérer dangereux. Le méchant c'est Rod Taylor as Frank Brand, un type vraiment super enragé pour le coup qui ne croit en rien, au départ, ni en ses acolytes, ni en l'honneur, ni en la pitié, un sale type. Notons parmi ses comparses, la présence de Neville Brand as Choo Choo, incontournable enflure de western ou de film noir - sa main gauche a été coupée lors d'un accident et il porte depuis à la place un bout de rail de chemin de fer (! Si, et en plus il y a une raison profonde... Tout un programme). A noter, dans le rôle du shérif mexicain têtu comme une mule, un sosie presque parfait de Jean-Luc Bideau en plus bronzé et musclé. Bref, des trognes.

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Si on essayait de positiver face à cet objet chargé de violence (j'aime ce sang rouge fluo qui tâche les habits), on pourrait voir en ce film une sorte de parabole : le gentil shérif irlandais, pacifiste (il se refuse de porter une arme dans sa ville, n'a jamais tiré sur un type) va devenir, à la mort de ses proches, de plus en plus sanguinaire, allant jusqu'à prendre en otage, sur la fin, un gamin. Brand, salaud fini, une fois qu'il a la thune, se souvient, lui, finalement, qu'il a un cœur et va rendre visite à sa fille mise au couvent : le type pourri jusqu'à la moelle tente une rédemption en s'occupant de sa progéniture ; c'est pas idiot, comme trame, de voir ces deux parcours qui se croisent, comme si les deux personnes qui se haïssent et se craignent le plus au monde influençaient chacune l'autre. Pourquoi pas... Les adeptes de tueries trouveront également leur compte dans ce western où les règlements de compte fusent et où les scènes d'action sont plutôt correctement filmées.

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Là où le bât blesse (ah ben enfin), c'est dans la cohérence des personnages. Si Fuller (on reconnaît sa patte au moins dans l'écriture) a pris soin de doter chacun des individus d'un passé, d'une histoire, que chacun prend d’ailleurs le temps de raconter, il a quelque peu oublié au passage de dealer avec les convictions, l'âme de chacun... Difficile en effet de comprendre comment ce shérif pacifiste, anti-arme (juste en cas de dissuasion), prend, dès qu'il est touché personnellement, tout un arsenal pour tenter de rendre justice lui-même. Lui, plein d'idéaux, se vautre dans la soue de la violence avec une radicalité incompréhensible. Quant à Brand, cette enflure finie, sans foi ni loi, comment peut-il tout à coup s'occuper d'une gamine tant il a fait preuve jusqu'alors d'un égoïsme extrême ? Enfin, le shérif mexicain, lui aussi pacifiste, lui aussi défenseur avant tout de la loi, (attention spoiler de la mort) décide sur la toute fin de tirer dans le dos de Kilpatrick alors que tout au long du film il ne jurait que par l'idée de justice... C'est franchement incompréhensible et surtout un peu idiot : alors qu'un discours pacifiste relativement sain s'amorçait au départ (on peut avoir la paix sans violence), tout le film démontre l'inverse : la loi du plus fort, l'obligation quasiment d'être armé et de se servir de son arme pour prouver son droit - c'est con comme un tweet de Trump. Bref, au moins, cela peut prêter à discussion, ce qui n’est pas donné à tous les westerns seventies : une forme moins dégueulasse que prévue, un fond plus contestable dès qu'on gratte un peu les croutes.

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Full Metal Fuller

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