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Ça fait pas de mal d'aller du côté de la Turquie pour voir, cette fois-ci (après l'immonde 7. Kogustaki Mucize), une véritable œuvre qui tient la route (et sauvée des eaux par le gars Scorsese). C'est une histoire de frères, de terre sèche, de jalousies, celle des villageois, celle de ce frère aîné. Mais reprenons à la source : Hasan aime farouchement la belle et jeune Bahar (resplendissante Hülya Koçyigit) ; il l'enlève à sa mère avec l'aide de son frère aîné (le moustachu Osman) et s'apprête à vivre paisiblement à ses côtés sur le terrain qu'il partage avec son frère. Ils ont la source, peuvent cultiver tout à loisir mais cela ne suffit pas à Osman : par peur de manquer d'eau, il empêche les autres paysans du coin d'avoir accès à cette source... C'est forcément le début du drame qui va aller de mal en pis : on tue un chien, on fait exploser un barrage, puis c'est la tragédie... Osman tue un paysan mais fait porter le chapeau à son frère qui, plus jeune, risque de prendre moins cher... Hasan en prison, Osman commence à lorgner sur Bahar alors que chez les paysans la colère gronde... Ça sent l'escalade...

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Dès le départ, on est scié par la beauté absolue de ce noir et blanc et par les séquences pleines de vigueur et de fraîcheur entre Hasan et sa belle : il lui court après (dans les champs ou dans les prés), les séquences, montées cut, sont échevelées et on sent à la fois toute leur jeunesse et celle de ce nouveau cinéma turc. Hasan, sitôt marié, couvre littéralement de baisers le corps de Bahar, mais Osman est déjà en embuscade pour zyeuter le couple... On sent qu'il est le mauvais œil de l'histoire, que de lui viendra tous les problèmes, jusqu'à la tragédie finale ; Osman fait en effet régner sa loi dans le village, mais parvient également à prendre l'ascendant sur son frère... puis sur Bahar lorsqu'il lui dira que son mari est mort en prison. Un enchaînement de coup bas qu'il devra forcément un jour payé. Il y a cette petite mécanique du destin qui se met en place mais il y a aussi, allah soit loué, un film qui sur la forme (malgré ce côté sombre du fond) demeure d'une luminosité incroyable. On sent le soleil qui tape sur ces terres, on sent la chaleur qui monte du corps de Bahar, on sent la folie derrière la moustache de Osman qui ne peut s'empêcher de manger des yeux à la moindre occasion les mollets de Bahar (qu'il lui mangera d’ailleurs lorsqu'elle se fera piquer par un serpent - le tentateur et le manipulateur, c'est lui, reste simplement à savoir si un jour il devra payer l'addition). Une image lumineuse, mais un montage tout aussi brillant pour un film en perpétuel mouvement ; Erksan ne se contente pas de raconter son récit de façon pépère, il est toujours à l'affut d'un plan en plongée ou en contre-plongée pour mettre en relief ses personnages, toujours prêt à faire valser sa caméra pour suivre le rythme de son histoire. Une bien belle pagnolitude turque qui transpire le naturel par tous les pores avec, en plus, du style. Perfecto.

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