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La première œuvre de Sirk était jusqu'alors passée entre les mailles de nos filets, nous avons enfin attrapé le poisson. On est dans la comédie, voire même dans la grosse blague bouffonne teutonne, mais Sirk n'en néglige pas pour autant le rythme dans ce premier essai. Le scénario, il est vrai, est quelque peu alambiqué : Herr und Frau Lampe sont des bourgeois arrivistes ; depuis que leur usine de pâtes casse la baraque, ils font les beaux. Quand un prince, devant partir pour l'Afrique, leur passe une commande, ils sont sur un nuage. Quand ils apprennent qu'il va visiter l'usine, il leur pousse des ailes. Ils pourront enfin caser la fille ! Seulement voilà, l'histoire de la visite, c'est une blague de premier avril (une personne de leur entourage en avait un peu marre de les voir parader). Quand ils apprennent le coup bas, juste après s'être mis sur leur 31, ils décident tout de même, pour ne pas perdre la face (la nouvelle, qu'ils ont eux-mêmes ébruitée, est passée dans le journal) de demander à un type de passage d'incarner le prince... Seulement, attendez, le prince (qui a lu le journal), le vrai, décide de visiter l'usine. Et la boulette advint : quand le prince arrive, ils le rembarrent et se plient en quatre devant le faux prince... Mais attendez, restez assis, c'est pas fini les méprises ! Le prince, lors de sa visite, tombe amoureux de la secrétaire de Herr Lampe (qui ne se doute point que c'est le prince)... et (pas fini j'ai dit) suite à un quiproquo les Lampe pensent que le prince, le vrai, est tombé amoureux de leur fille... Holalà, que d'imbroglios et d’entourloupes !

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Alors, oui, on est dans la farce. Certes, on ne se tape pas forcément sur les genoux quand le prince est houspillé par Herr Lampe ou quand le faux-prince tente d'humilier Herr Lampe devant ses employés (séquences qui tirent d’ailleurs un peu en longueur - les meilleures blagues sont souvent les plus courtes). Au niveau romance, qu'il s'agisse de l'histoire du prince avec la petite employée (ils sortent ensemble dans un petit resto : de la bonne humeur mais point de lyrisme émotionnel à tout crin) ou des faux pas de la fille Lampe (qui tente de sauvegarder les apparences... avant de craquer et de tout péter chez elle), on est dans du classique, rien qui ne sorte franchement de l'ordinaire. Au niveau des personnages, les gros Lampe sont ridicules, le prince a la classe et reste tout en humilité... bref, là aussi c'est plutôt attendu. La bonne surprise est en effet plus à trouver dans le rythme de chaque scène, dans l'efficacité du montage, dans le sens indéniable du cadre du débutant Sirk. Ce ne pourrait n'être qu'une farce honteusement datée ; heureusement il y a ce soin constant de mettre du mouvement, de soigner les enchaînements, de chercher des angles de prise de vue originaux et le film n'est jamais indigeste, n'est pas qu'une vaseuse blagounette dans laquelle le cinéaste se serait enfoncé les deux pieds joints. Du coup en avril (2020), tu peux encore découvrir ce fil(m) avec un certain plaisir ! Bon là je crois qu'on a définitivement fait le tour de Sirk (oui, je sais, il a été tourné une version hollandaise de la chose, mais elle semblerait perdue... Calmés ?)

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