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On est rarement déçu par Yoshida et ce nouvel opus sentimentalo-vénimeux n'y déroge point. Pour faire vite, on assiste ici, au présent de narration, aux relations ambiguës entre quatre personnages : Shizuo qui doit se marier avec la torride Yumiko, sa mère, veuve (Mariko Okada, une beauté presque trop parfaite), qu'il vénère depuis son plus jeune âge, et son beau-père (dont la femme est malade) qui a entretenu il y a plus d'une dizaine d'années une relation avec la mère de Shizuo, une relation qu'il souhaite maintenant reprendre. Quel est le blème ? Le blème est que d’une part Shizuo se demande si son beau-père ne pourrait être son vrai père (Mariko a eu une liaison avec lui alors même que son mari était alité) ; d’autre part, cette sexualité débordante de sa mère et la trahison de son père sembleraient empêcher Shizuo d'avoir des rapports sexuels "normaux", voire d’éprouver de la simple affection pour sa future femme... Ce puzzle, comme d'habitude chez Yoshida se met subtilement en place par le jeu des flash-backs (l'enfance de Shizuo, collée à sa mère et plein d'empathie pour un père mourant) et du rêve (c'est lors de l'un d'eux que Shizuo réalisera sa "dépendance" très forte à sa mère mais aussi son attachement à sa future femme). Sur une musique expérimentale qui fout un peu les boules et le trouble, on ne cesse de se demander quelle pourra être l'issue raisonnable de cette histoire, quel élément parviendra à débloquer la situation : un double suicide de Shizuo et de sa mère, un accident de la route meurtrier, un double suicide de la mère et de son amant ?... Toutes les pistes sont ouvertes et nombre d'entre elles seront évoquées.

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Yoshida, pas à pas, nous présente ses personnages, ces relations (passionnées, distantes...), ces liens (affectifs, amoureux...) et l'on découvre progressivement la tempête qui se joue dans le crâne de Shizuo, totalement perdu dans sa vie sentimentale. Une mère qu'il respecte mais dont il ne supporte pas les infidélités (passées et présentes), un beau-père à la coule qui semble croquer à pleines dents ce fils et sa mère, une fiancée bien charmante avec laquelle il semble n'avoir pourtant aucun atome crochu, une geisha qu'il baise de temps en temps comme pour rechercher des repères mais sans trop y croire non plus… Bref, notre Shizuo, bien qu'il puisse donner l'impression que tout lui réussit en surface (ses promotions professionnelles, son futur mariage, des aînés qui le couvent), est totalement perdu - aussi bien avant qu'après le mariage d’ailleurs. L'un des éléments qui revient très subtilement dans le film et qui pourrait constituer un des éléments charnières du film n'est autre que l'ombrelle de sa mère : celle-ci, qui accompagne à toutes les époques de sa vie sa madre, symbolise à la fois la beauté de sa jeunesse comme ses tromperies ; il pourrait également représenter pour Shizuo un obstacle dans son émancipation sentimentale, un paravent qui l'empêcherait d'éprouver pour d'autres femmes à la fois des sentiments et du désir. Cette ombrelle prendra toute sa signification lors de la dernière image et éclairera également en partie la signification du titre.

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Le film pourrait paraître, dans ses cadres, un peu moins stylisé que d'habitude mais quelques cadrages demeurent relativement éblouissants : lors de gros plans sur ces femmes ou de ces prises de vue en plongée sur leur visage, tout comme ces deux scènes cruciales sur la fin : la tête de la mère de Shizuo filmé comme un balancier (incertitude totale quant au choix qu'elle va faire) ou encore cette caméra qui filme en contre-plongée tour à tour les visages de Shizuo et de sa femme, comme pris finalement dans un tourbillon sentimental inattendu. Il y a certes une certaine "distance" dans cette histoire parfois filmée un peu froidement (faut dire que Shizuo est aussi expressif qu'un sushi mort) mais un véritable suspense sentimentalo-mortifère finit par s'installer : cette relation à quatre se fissure de toute part et transpire le drame. Au final, des visages lisses comme une mer d'huile qui s'invitent dans une histoire sentimentale en eau trouble. Encore un film subtilement tissé par maître Yoshida.

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