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Suite et fin des aventures de nos deux trublions mi-chômeurs mi-hommes de main. Ce sixième épisode se teinte de sérieux et de discours politique, ce qui change des comédies farcesques des autres épisodes. Même si Kurosawa parvint toujours à instiller de la violence, de la tragédie ou de la profondeur au sein des gros gags dans cette série, celui-ci apparaît comme le plus grave, et nos deux clowns, cette fois-ci, n'ont que peu l'occasion de nous faire bidonner, malgré l'absurdité de la situation de base. Yuji et Kosaku sont ce coup-ci confrontés à un esprit qui semble à 10000 lieues d'eux : un type qui a décidé de faire de l'injustice son cheval de bataille, et qui traque la moindre incivilité dans son entourage. Sa maniaquerie le fait entrer en lutte contre un vieux yakuza qui, rendez-vous compte, ne trie pas ses ordures et crache par terre. Fasciné par sa droiture, Yuji le prend malgré lui sous son aile, entre en lutte lui aussi contre le yakuza... et apprend que celui-ci est yakuza comme je suis médecin urgentiste. Malgré tout, il s'en va du quartier, ce qui vaut les honneurs à notre vigile de quartier, qui devient le héros local. Cette partie-là est assez fun, on aime particulièrement observer comment Aoyagi, le héros en question, se fait systématiquement péter la gueule (surtout à base de grandes mandales assénées par sacs poubelle) mais y retourne à chaque fois, convaincu de son bon droit. Le duo central s'en donne encore de temps en temps à coeur joie, se dispute et sa poursuit à grands coups de pistolets à eau, mais on sent que le coeur n'y est plus vraiment, et que KK a envie de gravité au sein de la série. Il y a quelque chose de pathétique dans ce yakuza qui n'en est pas un, quelque chose qui dépasse le simple gag, et la prise de conscience de Yuji qu'un monde plus juste est peut-être à rechercher plonge le personnage dans des abîmes de réflexion qui le font abandonner son fidèle compagnon de lose et se rassembler sur la morale et le courage.

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Tendance confirmée par la suite : un an plus tard, Aoyagi est devenu un homme politique respecté et bien entendu un gros enfoiré. Yuji rassemble donc les forces en présence pour lutter contre lui, le personnage le plus mou se trouvant gagné par cette soif de justice qui a abandonné l'autre. Cette partie, finalement assez sombre de ce qu'elle montre du renoncement des politiques, du reniement des convictions de sa jeunesse, commence par un très beau plan-séquence : une scène virtuose qui passe d'un rassemblement de citoyens indignés (au Japon, même les manifs sont bien organisées et ne débordent pas) à leur dispersion par des hommes de main peu scrupuleux, en passant par notre Yuji qui se démène pour ses convictions. Toujours ou presque en plans larges, Kurosawa excelle particulièrement à créer de très beaux tableaux en disposant ses personnages dans l'écran, en utilisant la profondeur de champ et le hors-champ en maître, en expérimentant, finalement, pas mal de choses dans une série a priori pas très profonde. Comme dans toute la série, on apprécie particulièrement sa façon de filmer les intérieurs, en panoramiques complexes, les personnages passant d'une pièce à l'autre et d'un plan à l'autre en gardant toujours la lisibilité dans les dialogues. La caméra, discrètement virtuose, se met au service de la narration mais n'oublie jamais d'offrir du spectacle pour les yeux, de plans longs en travellings complexes (la course en vélo le long du fleuve), et la direction d'acteurs, encore une fois, est impayable. Que du bien à dire de cette série qui ne payait pas de mine au départ, et qui s'avère un excellent laboratoire pour un KK qui se préparait alors à devenir un génie.

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