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Pas très fan de Jean-Claude Biette, décidément, après ma vision de ce film pourtant considéré comme le sommet de l'oeuvre. Le côté dandy du garçon m'énerve un peu, pour tout dire, et j'ai de plus été pas mal largué par cet univers "loufoque mais pas trop", "gentiment intello", qui m'a laissé sur le carreau. Pas compris grand-chose aux élucubrations du gars Jean-Claude, pour tout dire ; à moins que ce ne soit son univers, certes original, qui ne me touche pas du tout. Un jeune critique d'art doit pondre un article sur le peintre du moment, René Dimanche, et surtout parvenir à le faire parler d'un épisode de sa vie qu'il refuse d'évoquer : ces huit années d'improductivité où il a mystérieusement disparu avant de revenir au sommet de son art. Cette quête de la vérité, qui se double d'une quête vaniteuse de reconnaissance pour le critique d'art, va le pousser à jeter dans les bras du peintre une femme, sorte de Mata-Hari grand crin, qui va trouver auprès du peintre la plénitude. Bon, pourquoi pas, une telle histoire peut être intéressante, et déboucher sur une joyeuse critique des milieux de l'art, la vanité de ceux qui le font et l'orgueil de ceux qui écrivent dessus. D'autant que Biette a l'air d'avoir de l'humour à revendre : décalée et impertinent, il compense le manque flagrant de moyens financiers par des idées loufoques, comme de tout situer en extérieur, ou comme de placer le centre névralgique de Christian, son bureau, sur une terrasse offerte à tout vent, sur laquelle officie aussi sa maman et quelques énergumènes intello et fumeux croqués avec bonhomie. Jean-Christophe Bouvet interprète le rôle avec distance, se moquant gentiment de son personnage, et la faune qui l'entoure est elle aussi bien barrée (de Laura Betti à Michel Delahaye en passant par le godardien Howard Vernon dans le seul rôle sérieux de la chose).

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Mais voilà : on ne voit pas non plus où tout ça peut bien nous mener, et on regarde ce petit monde de bobos suer sang et eau pour faire accoucher le peintre des secrets de son art avec un ennui grandissant. Assez laid, souffrant d'un faux rythme étrange, joué franchement au rabais, Loin de Manhattan ne met pas très longtemps à acquérir un soupçon de foutage de gueule. On veut bien reconnaître, et même apprécier, l'aspect amateur du film, qui, encore une fois faute de moyens, privilégie la première prise aussi ratée soit-elle ; mais à force de les rater, on se dit que Biette n'a peut-être finalement pas tant de talent que ça pour cadrer, pour mettre en scène ou même pour écrire des scènes. D'à-peu-près en improbable (Sonia Saviange en jeune première, alors qu'elle a pas loin de 60 ans à cette époque), le film finit par nous tomber des yeux, et par perdre son charme branquignole qu'il avait au départ.

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