cas richard jewell

Entre deux envolées pro-Trump ou pro-Bloomberg, Clint trouve encore le moyen de faire des films malgré son âge avancé et son mental vacillant (en atteste le début de cette phrase). En l'occurrence cependant, il est en terrain connu, puisque le voici pour la énième fois sur les traces du mythique Héros Américain qu'il a toujours traqué dans ses films, et qu'il réalise là un quasi-remake de Sully. Tom Hanks a pris du poids toutefois, puisque voici à sa place Richard Jewell, gros et brave crétin de base, qui se retrouve par hasard là où il ne fallait pas : c'est-à-dire devant un mystérieux sac à dos planqué sous un banc lors d'un concert donné pour les JO d'Atlanta en 1996. Affecté à la sécurité, le gars respecte le protocole et sauve ainsi des centaines de gens de l'explosion du dit sac. Aussitôt, tac, l'Amérique a sa nouvelle icône, Richard fait la une. Mais le FBI tique : le gars a le profil parfait pour être le poseur de bombe : mythomane, puceau, zélé, frustré, fils à maman pleurnichard, de droite, armé jusqu'aux dents. Le héros devient alors un paria au fur et à mesure d'une enquête à charge. Il faudra que Richard accepte de se secouer et de mettre en doute l'autorité policière, aidé en cela par son avocat (très marrant Sam Rockwell) pour que justice soit faite, holy God.

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On connaît le topo, l'Amérique qui fabrique ses icônes et les malmène, les petits anonymes de l'Histoire hissés au firmament de l'héroïsme, le sacro-saint pays déifié par le patriotisme guerrier, le "do it yourself" élevé au rang des Beaux-Arts, bref du Eastwood tout craché, qui ne perd rien de son chauvinisme et de ses valeurs avec le temps. Le seul intérêt de ce nouvel opus, c'est que, pour une fois, le héros en question est antipathique, loin des Tom Hanks, Matt Damon ou Clint himself des films passés : Richard Jewell (et Paul Walter Huser se roule avec délice dans les excès de son personnage) est gros, con, menteur, déférent, mielleux, fils-à-moman, en un mot le client idéal pour être accusé de perversion. Entre ce déclassé et son avocat un peu minable se dessine une complicité marrante, le premier étant complètement respectueux de l'uniforme et des valeurs éternelles de l'Amérique (il se fantasme en flic alors qu'il ne porte que l'uniforme de gardien de campus), le second étant gentiment malpoli avec les institutions. Leur duo fonctionne, surtout lors des interrogatoires où Jewell ne peut s'empêcher d'intervenir pour préciser qu'il adore le FBI ou qu'il n'est pas homo alors que son avocat lui a recommandé le silence. La métamorphose du mouton bêlant en rebelle (c'est-à-dire, dans l'imaginaire d'Eastwood, en bonhomme) est intéressante à suivre, et fait que Le Cas Richard Jewell échappe un peu à l'indigence complète.

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Mais toute l'étrangeté du personnage est annihilée par un scénario bourrin qui ne laisse aucune nuance ni aucun doute au spectateur. D'abord parce que, dès le départ, on sait Jewell innocent de ce dont on l'accuse ; pour le suspense ou le doute, on passera donc son chemin. Ensuite parce que tous les personnages sont caricaturés à l'extrême; surtout les méchants du film (ceux qui ne comprennent pas Jewell), FBI (représenté par un Jon Hamm en sur-régime, insupportablement mal dirigé), presse (représentée par une Olivia Wilde grimaçante, à la limite du machisme, ce qui prouve une nouvelle fois que Eastwood ne sait absolument pas écrire pour les femmes), voire même maman de Jewell (Kathy Bates, en charge de la partie mélo de la chose, bien embêtée dans ce registre). Avec de tels gros sabots, le brave spectateur se sent pris en otage dans un film qui lui dit exactement quoi penser de toute cette intrigue, qui sont les bons et les mauvais. Eastwood ne soigne même pas les grandes scènes (rares) de son film : la séquence d'explosion de la bombe est mal filmée, sans crescendo, sans suspense, sans rythme ; le désarroi de Jewell quand la roue tourne pour lui est mal expliquée, et on s'en moque un peu ; le final qui aurait du être une explosion mélodramatique (Eastwood sait être bon dans le genre) est terne. Il y a même des idées hyper mauvaises, comme ce montage parallèle entre un coureur du 400 mètres et le chronométrage du parcours de Jewell, mise en scène pataude et pas pertinente. En guise de musique jazz coolissime, on aura droit cette fois à "La Macarena" (!), et à la place de la photo soyeuse et mélancolique habituelle on doit se taper le travail assez moche d'Yves Bélanger, qui excelle à rendre les visages repoussants (cf. les deux dernières photos)... On cherchera en vain le savoir-faire artisanal d'Eastwood dans ce barnum patriotique vain, même si le film est indéniablement eastwoodien. Raté.

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