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Petit peuple et bourgeoisie, amour arrangé et amour impossible, lutte des classes... C'est à un drame vaudevillesque romantique que nous invite Kinoshita dans cette grande maisonnée. Un boss irascible (il éructe du matin au soir, contre ses employés comme contre ses enfants : une véritable teigne moustachue intolérante et intolérable), sa belle-mère, guère mieux, à cheval sur ses principes et puis la faune et la flore qui vivent alentours... Il y a les enfants, malheureux comme des pierres (la dévergondée fofole reniée par les siens, l'amoureuse d'un peintre... qui doit se marier avec le futur patron, le gamin philosophe en culotte courte qui erre dans cette demeure comme une âme en peine), les "aides" (secrétaire ou assistante) traitées comme des vieilles filles en puissance, les bonnes traitées comme de la vulgaire piétaille... Mais ces dernières (la secrétaire qui lorgne sur le docteur de famille (et vice versa), l'assistante de la vioque qui a un lourd secret, les petites bonnes qui flirtent avec les fournisseurs) ont aussi un petit cœur qui bat et elles tentent tant bien que mal dans cette maison de maîtres menée comme une dictature en miniature de grappiller leur petites doses de rêve, d'espoir sentimental. Ça court, ça s'agite, ça discutaille... Difficile pour le vieux vendeur de patates (autre fil rouge du film) victime d'une crise cardiaque dans la maison (et alité depuis dans le salon) de trouver le repos entre toutes ces personnes survoltées - sans parler des nombreuses visites de ces voisins (qui lorgnent tous sur son porte-feuille...). Vénalité à tous les niveaux, petite crise de pouvoir bourgeois, vieux sage « rédempteur » et doux songes sentimentaux : vaste programme.

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On sent qu'il y a dès le départ une belle énergie dans cette maison avec ces portes qui s'ouvrent, qui claquent et ces visites ininterrompues ; dehors, également, les ouvriers agitent les drapeaux rouges et l'heure du changement est peut-être enfin venu : à l'intérieur (cette jeunesse avec son mal de vivre qui ne cesse de demander plus de liberté) comme à l'extérieur (les ouvriers ne veulent plus se faire mater par les flics ou les yakuzas). Bien. Malheureusement cette énergie retombe assez vite : on se concentre sur les petits problèmes de chacun dans la maisonnée et le vaudeville, filmé un peu trop souvent à plat, tourne un peu à vide. On discute, on discute, et c'est vrai que cet entrain du début, qu'on présupposait devoir durer sur la longueur, retombe un peu. Faut dire que le climat est plutôt gris avec ce vieux qui agonise, ces demoiselles qui ne trouvent pas l'amour et ces deux chefs de famille qui imposent leur vue. On sourit enfin lorsque la toujours excellente Yoshiko Kuga exulte : cantonnée jusque-là à un rôle de secrétaire devant tenir son rang, elle explose lorsque le docteur lui fait comprendre qu'il a flashé sur elle ; elle nous fait un petit saut de joie croquignolet et elle en pète ses lunettes - un peu de légèreté et de fantaisie dans ce vaudeville qui ronronnait et où chaque scène devenait un peu trop théâtrale. On se laisse malgré tout divertir jusqu'au bout grâce à la foule de personnages et le petit côté renoirien de la chose (toutes les classes y passent et ont chacune droit à leur petit temps de parole) ; Kinoshita, dans un ultime sursaut d'optimisme finit par nous servir un happy end : la modernité prend enfin le pas sur la tradition à la con des mariages de raison. Un petit drame avec foule de caractères (le petit côté ambitieux) dans une mise en scène malheureusement un peu trop souvent engoncée (l'aspect plus ennuyeux).

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