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Voici mine de rien le 341ème chapitre de notre blog consacré au passage à l'âge adulte, vous ne pouvez pas dire qu'on ne fait pas d'effort de ce point de vue-là. Mickey and the Bear est le même flm que les 340 autres sur le même sujet, et déploie paresseusement sa tramette courue d'avance sur les 90 minutes somnolentes de la chose. Ça ne serait pas grave si c'était fait par un de ces vieux artisans fatigués d'Hollywood ; ça l'est plus quand on voit qu'il s'agit d'un premier film. A croire que les jeunes sont déjà désabusés, leur cinéma sent la maison de retraite. Bon, ici, c'est une maison de retraite un peu luxueuse, plutôt amicale, puisque le film se regarde sans problème et dans une indifférence polie. Mickey est la jeune fille qu'on trouve toujours dans ce genre de production : jolie, compétente, remplie de rêves, mais emprisonnée dans une petite ville (du Montana, ce qui tend à l'obsession sur Shangols) qui les lui brise, ses rêves. En l'occurrence c'est papa qui pose problème : le "bear" du titre est un lascard hanté par la guerre, bourré de médicaments, complètement immature, qui a littéralement mis sa vie entre les mains de sa fille, elle lui procurant gîte, couvert, binouzes et argent de poche et n'obtenant en échange que les exemples du caractère bipolaire de son paternel. Pourtant Mickey aimerait bien partir avec son nouveau boy-friend et faire sa vie : mais que deviendrait papa ? Le film scrute la relation ambiguë entre ces deux-là, à grands coups de scènes bien senties qui semblent être faites d'un montage d'autres scènes prises dans des films récents.

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La spécificité du cinéma d'Attanasio, celle qui lui fait dire quelle ne fait pas du cinéma "naturaliste", c'est que sa caméra, quelle audace, est fixe. Foin de ces caméras à l'épaule à la mode depuis 1980 : elle fait dans le cinéma classique des grands paysages, et veut ancrer ses personnages dans un territoire. C'est tout à sa gloire, mais c'est raté : de la petite ville rurale, on ne voit rien ou presque, Attanasio restant collée aux basques de son actrice, beaucoup plus intéressée par les dialogues et les situations que par la géographie intéressante qu'elle a à filmer. Les indices de la ruralité du film ne sont donnés que par les situations, ici des flics bon enfant qui connaissent tout le monde, là une psy qui prend le temps de s'intéresser de près à la jeune fille. Mais les décors naturels apparaissent presque par la bande et on ne sent jamais l'enfermement à ciel ouvert subit par Mickey. Sur 90 minutes de film, il y en a bien 45 en trop, tant les rapports avec les amoureux sentent le déjà-vu, tant cette comédienne rivalise de mines piquées aux autres actrices, tant ce père, dans sa volonté de surprendre, est balisé par tout une histoire du cinéma indépendants américain. Parmi le marasme surnage un plan, vraiment magnifique, le tout dernier du film : Mickey, filmée en travelling arrière en gros plan, qui court sur une route. La fixité du cadre fonctionne cette fois en plein, c'est le corps de la nana qui explose en son sein, devenant presque abstrait, c'est magnifique. A part ça, les rapports de personnages, y compris les plus ambigüs, y compris les plus sincères, fatiguent par manque de style pour les exprimer. Passable.

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