Fante-Anne, Garden of Silence

Ce qui est rare n'est pas forcément génial, ce qui est vieux peut être naze, c'est la leçon qu'on peut tirer de ce film. Effectivement peu vu, indubitablement centenaire, il promet a priori monts et merveilles de par son statut de "premier chef d'oeuvre norvégien", en tout cas le premier qui est sorti de l'amateurisme, a engagé des pros et a proposé une vision un peu artistique des choses. Mais dès que la projection commence, on grimace pourtant : voilà une bluette hyper-attendue et guère passionnante, qui plus est réalisé sans génie par un cinéaste qui semble découvrir que le cinéma peut raconter une histoire. C'est l'histoire hyper-balisée d'une jeune orpheline abandonnée, Anne, qui grandit dans une ferme d'adoption et s'éprend du demi-frère dont elle écope. Les deux gamins grandissant, cet amour se développe, mais, contingences sociales obligent, la voilà reléguée comme simple bergère dans les alpages pour l'éloigner de la tentation de l'amour. Elle y développera une méchante rancune envers ces cochons de bourgeois, se vengera, frôlera l'arrestation et partira finalement avec un prétendant plus à son niveau pour l'Amérique, où "on a le droit d'être qui on veut".

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Du début à la fin, on ne se départit pas du système "un intertitre pour décrire une situation - un plan pour la montrer", ce qui donne à tout ça un aspect illustratif et scolaire assez dommageable. Mettons ça sur le compte des fameux "premiers temps du cinéma" où on découvrait les choses, et notons quelques qualités à ce médiocre Anne, la Gitane. Si le film est dans l'ensemble très poussif, quelques scènes attrapent le regard : surtout celle très belle où Anne va foutre le feu à la ferme, toute en cadres visuels et en plans lents, suivie par celle où elle croise son prétendant dans la campagne. Le regard halluciné de celui-ci sur les flammes est le sommet du fim (rehaussé lors de ma vision de la chose par la très belle musique en direct de Virgile Goller, qui a su placer exactement le silence adéquat sur la scène). Bien aimé aussi le dynamisme des séquences qui suivent, où Anne est confrontée à la justice et lui répond avec effronterie, enfin un peu dynamiques. Et aussi la naïveté des scènes d'emprisonnement de Jon, qui s'est sacrifié pour elle, et qui regarde les montagnes à travers les austères barreaux de sa cellule. A part ces quelques jolies petites scènes, il faut se fader des plans manquant totalement de puissance (alors que le film a du potentiel à mon avis), des acteurs mauvais (brrrr, ce Haldor) et un cinéaste qui a l'air embarrassé par sa caméra, qui ne propose que des plans fixes (quand un travelling avant apparaît aux deux tiers du film, on respire) sur une nature mal sentie (on ne sait jamais si on doit utiliser la plongée ou la contre-plongée pour filmer la nature norvégienne, du coup on fait les deux). Content d'avoir vu la chose, mais le résultat est moyen...

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