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King est décidément le boute-en-train du doc avec cette œuvre sur des enfants "à problèmes" (je vous garde, après avoir évoqué les engueulades de couple, celui pour le cancer pour la fin). Des enfants, appelons-les Carol, Irène ou Tony puisque c'est leur nom, qui te piquent des crises en deux-deux : si vous n'aimez pas les enfants, si vous n'aimez pas la violence, si vous n'avez aucune patience et aucune fibre envers les éducateurs spécialisés (pourquoi faut-il qu'il y ait toujours un barbu dans l’équipe ?), il vaut mieux que vous passiez votre chemin. King, comme dirait mon collègue Gols, filme à l'os, sa caméra semblant se faire oublier dans le décor : il approche au plus près cette relation tendue-détendue entre ces gamins un peu nerveux et leurs éducateurs aussi habiles pour te faire un ippon (il faudrait surtout pas que le gamin, dans sa colère subite, se blesse : l’immobilisation est donc préconisée) que pour tenter de faire sortir ce qu'il y a en toi (un fantôme ? Mais non, Dugenoux, ce que tu as sur le cœur). Pourquoi tu cries, pourquoi tu pleures, pourquoi tu éructes, pourquoi tu ne veux pas te lever, il va bien falloir à un moment comprendre pourquoi le gamin se met dans tous ses états - un état traumatique à cause de relations dénuées d’affection avec les parents, un état traumatique... à la naissance (?), on ne saura pas tout sur les causes mais on pourra juger des conséquences. Les gamins piquent des colères dantesques, insultent leur entourage (les « fuck off » pleuvent), crachent, tirent les cheveux (ah putain, le barbu, je lui avais dit d'aller chez le coiffeur...), bref, ce n'est jamais de tout repos.

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On ne sait si King a toujours le feeling pour placer sa caméra au bon moment ou si la vie dans ce centre est proprement infernal 24/24. On pencherait, sauf le respect qu'on doit à King, pour la seconde proposition, tant les coups de gueule éclatent à tout moment ; oui, heureusement, parfois, un gamin se calme, sur les genoux d'un éducateur ou lorsqu’il tente de faire le point sur son état... Mais on est toujours sur la corde raide. Lorsque la cuisinière black, âgée de 60 ans, trouve le moyen de mourir sans donner aucun préavis (le petit personnel n'est plus respectueux de rien), on s'attend au pire : quelle va être la réaction des enfants lorsque les éducateurs vont faire part de la nouvelle ? Eh bien, force est de reconnaître qu'on avait raison, c'est une explosion de douleur qui part dans tous les sens. Tout éducateur un tant soit peu sain profiterait de la situation pour se barrer. Ici, chacun tente de faire de son mieux (après une prise au sol très physique) pour essayer d'apaiser ces pleurs, ces peurs - franchement, ils auraient mieux fait de trouver un clone de la dame plutôt que de la jouer franc jeu, c'est mon avis vu le carnage. Un doc qui dès le matin vous prend un peu à la gorge pour vous montrer qu'il y a sans doute pire métier au monde que chauffeur de bus. Toute blague mise à part, King rend compte parfaitement de cette atmosphère tendue comme un lance-pierre du centre et du travail de longue haleine de ces éducateurs à la patience d'ange. Deux auréoles.

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