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Shia Labeouf se livre à fond dans cette histoire où il tente d'exorciser ses traumas. Scénariste, acteur (il joue le rôle de son propre père), le film narre l'histoire d'un enfant star (la sienne donc) coatché par son starbé de père. Otis que l'on découvre alors qu'il a une vingtaine d'année, tourne encore des films mais semble avoir un certain problème avec l'alcool : une sorte d'exutoire ? C'est à croire, même s'il a du mal à l'admettre. Lors d'une mise au vert (sous contrôle judiciaire : ce n’est pas la première fois qu’il est capté en état d’ivresse au volant), le gars Otis se remémore ces 10 ans quand son père (alcoolique, drogué, violent derrière ses petits chafouins à la Lennon) le "chaperonnait" alors qu'Otis tournait. Des souvenirs qui reviennent progressivement et qui convoquent quelques instants douloureux : le manque d'affection du père, ses accès de violence... Otis, alors, entre deux tournages, ne trouvait un brin de réconfort que dans les bras d'une jeune pute de son voisinage (interprété par... FKA Twigs - eh oui, celle-là même responsable de la tuerie musicale de l’année, Cellophane). Bref, une enfance soit disant "dorée" et relativement cabossée... Le jeune Otis, se demande-t-on alors, parviendra-t-il un jour à faire la paix avec ce père totalement égocentrique et pervers sous ses petits airs doucereux ?

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Il y a du sang neuf dans cette œuvre qui sent le vécu et la sueur. Si les passages où on retrouve Otis dans ce centre de "réhabilitation" sont un peu convenus, on prend un certain plaisir à suivre les déboires de sa jeunesse. On sent dès le départ la tension entre ce petit génie des plateaux, avec sa bonne bouille, et ce père divorcé, amoché, désillusionné. Ce dernier se vante d'être là pour « encadrer » son fiston mais il a surtout tendance à lui piquer son blé et à être jaloux de son beau-père ; pis, il est surtout incapable de montrer une once de compassion pour ce fils qui ne demande que cela. Du coup, les petites scènes de la vie quotidiennes, quand les deux se retrouvent dans ce motel un peu tristos, partent de plus en plus en vrille. Le père semble lui-même incapable de vaincre ses anciens démons (mort de sa mère, divorce, petit tour à l’armée…) et son fils récupère toutes ses ondes négatives. On pense au départ que le gamin ne s'en formalisera pas mais il semble de plus en plus touché, moralement et physiquement, par ce pater aveugle et froid. Les petits bras de la bombe Twigs sont tout juste suffisant pour apporter au gamin un peu de réconfort. Otis, dix ans plus tard, peine à faire le deuil de ce passé et à se réconcilier, au moins "spirituellement", avec ce fucking father qui l'a marqué au fer rouge. Har'el tente de ne pas trop jouer sur le côté drama, violent de l'histoire : la violence du père est diffuse, peut se faire verbale, voire physique, mais elle n'est pas amené d'un bloc ; c'est surement là ce qui donne une certaine finesse à cette œuvre où l'on sent que Labeouf a mis une bonne part d'intimité qui, miraculeusement, se ressent à l'écran. Une histoire de trauma "contée" au final avec une justesse assez touchante. Un miel au goût amer, une histoire de famille (de cinéma… mon cul, oui) plutôt aigre et finement ciselée.

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