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C'est quoi le cinéma-vérité, hein ? C'est interroger bêtement les gens dans la rue, des gens qui t'évitent, qui au mieux te lâchent une connerie et au pire une insulte ? Ou prendre le temps de laisser parler les gens, tranquille, pour qu'ils en oublient la caméra ? Ces personnes qui s'expriment et qui livrent leur intimité sont-ils des comédiens, des exhibitionnistes ou tout simplement des gens qui plongent progressivement en eux, se confient, livre une véritable part de leur petit intérieur ? Et puis c'est quoi le bonheur ? Il est où bordel ? Peut-on être « presque » heureux ? Peut-on l'être sans argent ? Est-ce tout simplement être libre, amoureux... ? Ils s'en posent des questions, Rouch et Morin, et ils en posent dans cet été 1960 : ils décident avec leur petit micro qui fait peur aux plus vieux et leur caméra d'interroger leurs contemporains, ouvriers, employés, artistes, sur le fait d'être heureux, sur la guerre d'Algérie, sur le racisme, sur la vie quoi... Cela peine un peu à démarrer, oui, mais peu à peu certains se lâchent, comme cette dépressive italienne qui, constamment bourrée d'émotion (ou simplement bourrée ?), délire sur ses malheurs ou sur ses joies, comme cette rescapée des camps (le petit numéro sur le bras, j'en frissonne encore - il est bon de ne jamais s'habituer à certaines horreurs) qui donne sa pensée cash et revient sur ses difficultés, sur son père dans les camps, sur ses amours, maigres, sur ses désirs, comme cet ouvrier un peu exalté qui, même quand il pense parler avec les autres, parle surtout de lui, un brave type, un gentil garçon, qui te mettrait bien le feu à Renault parce que la vie en usine c'est quand même pas une vie… Des témoignages, oui, des discussions autour d'une table, des petits morceaux de vie même parfois (on découvre un excellent professeur d'escalade qui n'hésite pas à filer des coups de saton à sa propre gamine quand cette petite conne n'est pas foutue d'attraper correctement la corde - ah l'éducation à la dure (ou juste l’impatience ?) et ses dérives...) qui paraissent à la fois si banals et qui sont quand même un peu particuliers. De Paris la grisaille à Saint-Trop la canaille (ces starlettes en bikini in the streets - enfin un peu de pudeur), Rouch et Morin illustrent, analysent (petite discussion après le film avec les protagonistes d’icelui puis entre les deux réalisateurs : sans doute les parties les plus intéressantes, les plus "réflexives") et dressent, malgré la faible proportion des personnes interrogées, un portrait de cette France qui s'emmerdent, qui rêvent de révolution sans avoir non plus très envie de la faire, qui ne pensent qu'à l'amour et s'en lassent, qui ne pensent qu'à l'argent même si ce n'est pas l'essentiel, de cette petite France éternelle, insatisfaite et gaie à la fois. Paris, il y a 60 ans, c’était hier. Chronique d'une certaine tendance du cinéma toujours aussi pertinente.

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