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Premier film d'Imamura qui se lance, sur le ton de la comédie romantique, dans le film de troupe (de théâtre) avec tous les aléas de la chose : le manque d'argent, les flirts à gogo et les embrassades dans les coins de tente, la déconnade, les beuveries et un public forcément exalté, quand il y en a un... Après des déboires à Osaka, la troupe part en rase campagne pour trouver une tente et une audience en demande. Le succès est immédiat, la troupe ayant la bonne idée entre deux scènes de kabuki de balancer une petite scène de strip-tease bon enfant (surement la seule façon pour que les hommes s'intéressent enfin à l'art). Dans le village, c'est du délire pur, qui s'arrache l'acteur bon-vivant, qui lorgne sur le vieux qui masse divinement, qui regarde les fesses rebondies d'une actrice, qui fantasme sur le jeune premier... Un succès qui redonne globalement le moral à la troupe. Mais dans son petit coin, le jeune metteur en scène ronge son frein : amoureux d'une actrice, poursuivie par la petite sœur d'icelle, s'interrogeant sur les trompettes de la renommée, notre homme a le cœur sans cesse en balance ; va-t-il, au milieu de toute cette mascarade y trouver enfin son dû ?

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Imamura, déjà, a le sens du rythme dans cette œuvre aux multiples rebondissements et en perpétuel mouvement. Nos acteurs, sur scène, se déchainent, pour enivrer la foule, une foule composée d'individus disparates qui s'en donnent à cœur joie : les pucelles ne cessent de jeter des fleurs aux jeunes premiers pendant que les branleurs du coin, un peu titillés après que l'une des jolies filles du village a rejoint la troupe, projettent de kidnapper une des actrices. Ça hurle, ça rit gras, ça chahute à tous les rangs, il y a autant de spectacle sur scène que dans la salle... On connaît le petit côté outrancier de la comédie nippone et Imamura ne se gêne pas pour agrémenter son récit d'une vieille à la voix de casserole rouillée, d'une bande de jeunes qui ne vivent que pour la vue d'un sein, d'un acteur toujours prêt à faire le spectacle (et à draguer) sur scène comme à la ville. Des personnages haut-en-couleurs, comme on dit, dans ce film au très joli noir et blanc. Mais le personnage central, le personnage pivot, ce jeune metteur en scène concentre malgré tout toute l'attention : écartelé entre l'art théâtral classique et la volonté de plaire, il l'est tout autant entre ces deux femmes ; celle, mariée, "inatteignable" (quoique) et sa jeune sœur prête à tout pour se pendre à son cou. Il y a bien sûr ce à quoi il rêve (peut-on encore divertir les foules avec des formes de théâtre classique, peut-on vivre avec la femme de son ami ?) et ce à quoi il peut facilement accéder (le succès populaire et facile, cette jeune fille enamourée) : des petits plaisirs faciles sur lesquels il préfère fermer les yeux pour ne pas tomber dans la facilité. Notre jeunot devra creuser sa route entre espoir (une nouvelle mise en scène, une femme mariée peut-être prête finalement à se donner à lui) et déprime (des acteurs peu intéressés par ses propositions, une jeune fille avec laquelle il couche sans ressentir pour elle au réveil le moindre sentiment). Imamura parvient parfaitement à varier ses atmosphères entre délire pur (les strips sur scène et les cris à déchirer la toile de la tente ; le kidnapping de l'actrice qui part méchamment en vrille) et petite angoisse existentiel de son héros – qui avec ses yeux d'épagneul breton et cette petite mou semble devoir incarner l’éternel insatisfait. Des désirs volés qui sont souvent vite repris mais qui n'entament en rien cette dynamique de troupe toujours prête à reprendre le chemin. Quant au héros, mis face à ses contradictions, il devra pour sa part trouver une nouvelle voie qui ne ressemble pas à une impasse. Un film plein d’entrain, rondement mené et un héros complexe partagé entre tradition et modernité, fantasme et facilité. Imamura devrait faire une belle carrière. 

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