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Voilà peut-être le dernier film d'horreur "classique", celui qui, avec le personnage assez fabuleux de Sadako, a inventé une nouvelle mythologie. Malheureusement, comme beaucoup de classiques, il a tellement été copié, et parfois même dépassé, qu'il n'en reste plus grand chose aujourd'hui, fors les souvenirs et deux ou trois frissons ici ou là. C'est bien dommage : on se souvient avec émotion de la peur qu'on avait éprouvée il y a 20 ans devant les inventions de Nakata. Aujourd'hui, il ne reste qu'un film assez creux aux effets usés, et on reste très éloigné d'un Dark Water du même Nakata, autrement plus profond et intéressant. Tant pis : hommage à nos effrois d'autrefois, et courbettes devant Ring.

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Beaucoup de pistes scénaristiques s'ouvraient devant Nakata pourtant avec cette histoire de film maudit. Pour résumer cette trame que tout le monde doit connaître maintenant : un mystérieux film circule sur une chaîne du câble d'une île japonaise ; dès qu'on a vu ce petit film, le téléphone sonne, et une semaine plus tard, on est mort, dans une grimace d'horreur qui aurait fait frémir Munch. Une sorte de malédiction, si vous voulez, ou pour mieux dire, de virus. C'est une des options possibles : on a affaire là à une allégorie sur les maladies de mort qui se transmettent, ce que le dénouement tend à corroborer. L'héroïne comprend en effet que la mort se transmet uniquement si on réalise une copie de la cassette et qu'on la transmet, le sida est évoqué, et on aime cette idée improbable et belle d'inoculation par le cinéma. Autre piste intéressante, d'ailleurs : Ring pourrait être une variation sur la cinéphilie, le pouvoir de prescription du cinéma se transmettant de geek à geek dans une spirale infinie. De temps en temps dans le film (et connaissant le sens aigü du symbole dans certains films de Nakata), on entrevoit les possibilités de l'histoire, ce que le film aurait pu être s'il ne s'était pas contenté d'être mollement efficace et lourdement explicatif (la malédiction, la mediumnie, l'enfance brimée, etc... au secours !) Mais on dirait que le bon maître nippon n'entrevoit aucune de ces possibilités. Il réalise plutôt sagement un film au cahier des charges spectaculaire trop chargé, et finit par pondre un truc assez creux, qui ne dit rien de précis ou enterre toutes les options sous une bête histoire. C'est dommageable d'autant que tout, là-dedans, pêche un peu : les acteurs, nuls ; le scénario, mal composé, maladroit, laissant tout en plan, multipliant les idées sans en suivre une seule ; et finalement, souvent, la mise en scène, un comble pour ce grand réalisateur de l'horreur, qui n'est que fonctionnelle dans plein de scènes : toutes les recherches des héros autour du film sont poussives et sans style, et leur but est sans intérêt. Aïe aïe aïe, se dit-on.

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Heureusement restent quelques beaux, très beaux éléments là-dedans. En premier lieu, la réalisation du film maudit : parfait ersatz entre Buñuel période L'Âge d'or et l'expérimentation façon Fluxus, ces deux minutes sont parfaites, inquiétantes, intrigantes, hypnotiques, effrayantes. Peut-être à cause de ce son strident placé discrètement en fond, peut-être à cause du mystère qu'elles dégagent, peut-être grâce à la préparation que Nakata a fabriquée à leur vision (on sait que le film est maudit, et on a presque peur de le regarder soi-même), ces images rentrent dans votre rétine : on les croirait tout droit sorties de l'enfer, alors qu'elles ne montrent rien de directement horrifique. Dommage que Nakata passe le reste de son film à le disséquer : c'est son mystère qui le rend génial. Autre atout, et non des moindres : le personnage de Sadako, donc, immédiatement culte dans son dessin : une jeune fille, cheveux qui cachent son visage, chemise de nuit cradasse, ongles sales et longs, qui avance façon théâtre kabuki vers vous. En deux secondes, on sait qu'on a assisté à la naissance d'un grand personnage d'horreur, une sorte de croquemitaine 2.0. Avec de telles idées, Ring aurait pu être formidable ; il n'est que correct, à cause d'un scénario pas passionnant et de personnages fadasses. Grand film sur le papier, mais raté...

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