Jabberwockyscreen

Gilliam se désolidarise de ses copains des Monty Python, et pour l'instant on peut dire que, globalement, il a tort. Après son coup d'essai assez brouillon de Sacré Graal, immense film de gag mais privé de mise en scène, le voilà seul aux commandes de ce nouveau film médiéval, adapté d'un conte de Lewis Carroll. Un royaume, un roi, une princesse, un dragon, un écuyer qui va devenir un héros, le scénario est sagement dans les normes ; mais bien entendu, l'esprit foutraque et absurde du compère, hérité de ses potes, va touiller tout ça pour en faire une farce débridée pleine de gags. Enfin, pleine de gags, il faut le dire vite, et ce sera ma première réserve. Habitués aux vannes en rafale des Pythons, passez votre chemin : Jabberwocky est certes parfois drôle, mais Gilliam a l'air beaucoup plus préoccupé par ses ambiances que par la puissance de feu de l'absurde, et il faut quand même se taper des plages entières de scènes au mieux bof-bof, au pire sinistres pour obtenir de temps en temps un gag, une réplique idiote ou un exemple de non-sens. Le rythme, en gros, n'y est absolument pas, et le film se traîne affreusement entre deux pointes de rire. D'autant que même au niveau de l'invention, Gilliam et ses scénaristes ne sont jamais à la hauteur des Monty Pythons : personnages surjoués et pas très drôles (Michael Palin a beau faire tout ce qu'il peut, il ne se départit jamais de son air ahuri qui fait son temps au bout de trois minutes), goût prononcé pour le pipi-caca (refuge facile), imagerie très attendue de Moyen-Âge de carton-pâte anachronique, extrême prudence dans les gags quand les compères allaient jadis jusqu'au bout du bout de ce qu'ils pouvaient extirper de chacun d'eux... Bref à l'exception d'un ou deux personnages (le roi sénile est rigolo, le hobereau timide est impayable) et d'une ou deux idées qui vont un peu loin (le sang qui gicle sur les spectateurs pendant le tournoi), on s'ennuie un peu en guettant les moments où on peut s'esclaffer, et c'est bien dommage. On dirait que Gilliam a hésité entre faire un film historique et faire une comédie non-sensique, et que, dans le doute, il n'a pas tranché.

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Et puis il faut bien dire qu'au niveau de la mise en scène, on est là aussi bien loin du savoir-faire et de l'efficacité de Gilliam par la suite. De ce côté-là aussi, le manque de rythme du montage, qui coupe systématiquement trop tard, l'application scolaire qu'il met à sa reconstitution pourtant absurde, l'inefficacité de certains gags perdus dans l'amateurisme des cadrages (les annonces de l'arrivée du roi, gag récurrent et qui ne marchent jamais), les bruitages qui se veulent poilants et qui sont presque gênants parfois, la direction d'acteurs au plus court, tout ça enfonce le film dans le bout de ficelle et le bâclage. D'autant que la lumière, blafarde, trop sombre, moche à mort, et la musique, convenue, ne font rien pour améliorer la chose. Restent quelques idées, comme la mort des victimes de la bête (Terry Jones qui se fait dévorer entièrement sauf la tête) ou le dessin de la bête elle-même, qui rappelle l'univers graphique bien barré de Gilliam., ou encore les effets spéciaux, fun et plutôt bien faits. Il faudra attendre deux ou trois films pour découvrir que Gilliam peut faire beaucoup mieux que ça.

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